31 octobre 2007

Jean-Claude Carrière

Nous venons tous au monde avec l'étiquette « fragile ». Un rien nous blesse et même nous tue. Accident, maladie brutale, bombe dans le métro, une guerre, une balle perdue, une voiture qui dérape ou qui explose dans la foule, un égorgeur, un court- circuit, un crotale, un faux pas, tout peut être fatal. Des inno­cents sont morts de piqûres d'abeilles, d'une chute dans un escalier, d'un coup de colère, d'un éternuement. Nous mourons aussi dans notre sommeil, si notre coeur s'immobilise. Nous n'avons que notre ... [Lire la suite]
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29 octobre 2007

Lorgnon mélancolique

Beata solitudo, sola beatitudoQuand accepterons-nous de reconnaître que la plupart de nos actes sont en grande partie déterminés par la peur de la solitude? Si c’était pour cela que nous renonçons à toutes les choses que nous regretterons à la fin de notre vie? Et que, pour cette raison, nous disons si rarement ce que nous pensons? Pourquoi tenons-nous à ces mariages branlants, à ces amitiés de façade, à ces réunions de famille ennuyeuses, à ces abaissements pour monter dans la carrière? Qu’est-ce qui arriverait si... [Lire la suite]
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28 octobre 2007

Pascal Quignard

À 80 kilomètres de là, traversant la baie à par­tir d'Amalfi, est enfouie la tombe dite du plon­geur de Paestum. Cette tombe date d'au moins huit siècles avant que le Vésuve lance ses pierres ponces et projette sa lave. Le Plongeur est le couvercle du caveau. Le fond est blanc, le trait est noir. C'est encore une «ombre projetée ». C'est ce que les Grecs appellent une skiagraphia (mot à mot une ombre écrite) et que Pline tra­duit : umbra hominis lineis circumducta.Sur la pierre qui fermait la tombe, un petit per­sonnage... [Lire la suite]
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27 octobre 2007

Mahmoud Darwich

Pour décrire les fleurs d’amandier Pour décrire les fleurs d'amandier,l'encyclopédie des fleurs et le dictionnairene me sont d'aucune aide...Les mots m'emporterontvers les ficelles de la rhétoriqueet la rhétorique blesse le senspuis flatte sa blessure,comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.Comment les fleurs d'amandier resplendiraient-ellesdans... [Lire la suite]
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26 octobre 2007

Perceptions

Le tonnerre gronde, la pluie crépite sur les toits, la cour, les peupliers.L’orage a éclaté cette nuit, enfin, claquant contre les murs les volets non fixés.La lourdeur, la moiteur disparaissent, un équilibre plus léger, aérien s’installe.Il me sera plus facile de désherber un jardin humide. Si ce n’était ma crainte des bestioles je marcherais pieds nus dans la prairie mouillée du verger en respirant profondément.…Nous sommes des feignasses. Hier, le minimum a été... [Lire la suite]
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25 octobre 2007

Philippe Lacoué-Labarthe

   Phrase : ce qui se prononce en moi – loin, ailleurs, presque dehors – depuis très longtemps,    depuis, je crois, que m’a été donné la possibilité d’oublier,    je l’appelle littérature   C’est, vide de sens, privé la plupart du temps de contenu,    à peine organisé en mots,    une phrase. Pratiquement    toujours la même, il me semble ; mais je ne peux    rien en savoir positivement.    Elle est, la phrase, différemment... [Lire la suite]
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24 octobre 2007

Armand Farrachi

Manuscrit de la  fugue inachevée Vers quoi s'orientaient ses idées dans ces paysages lentement traversés ? Toute pensée véritable s'efforce à l'harmonie. L'esprit ne voit que ce qu'il cherche, et de même qu'une proie immobile est invisible aux yeux du prédateur conçu pour la poursuite, Bach n'entendait du monde réel que la face visible de fugues potentielles : la multitude toujours variée des visages humains, le bruit des dés dans un cornet aussi bien que le rapport entre les couleurs, dans un tableau comme... [Lire la suite]
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23 octobre 2007

Annie Leclerc

Pour Véronique L. L’indicible prison A force de parler ils réussissaient à lui insuffler un peu de l'horreur de la prison.On se sentait devenir rat, cloporte, enfermé dans un trou où on ne pouvait pas même faire son trou de rat ou de cloporte, étant cerné de toute part, non seulement de murs très serrés, mais aussi de bruits choqués, de dévorante télévi­sion, d'insultes, d'agressions. Une cons­tante oppression qui ne vous laissait jamais la possibilité d'être seul, de reposer au creux de soi. Sans cesse... [Lire la suite]
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22 octobre 2007

Gaston Bachelard ( table d'existence)

III Et comme ce serait bon — généreux aussi à l'égard de soi-même — de tout recommencer, de commencer à vivre en écrivant ! Naître dans l'écriture, par l'écriture, grand idéal des grandes veillées solitaires ! Mais, pour écrire en la solitude de son être, comme si on avait la révélation d'une page blanche de la vie, il faudrait des aventures de conscience, des aventures de solitude. Mais, à elle seule, la conscience peut-elle faire varier sa solitude ? Oui, comment connaître, en restant seul, des aventures de conscience?... [Lire la suite]
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21 octobre 2007

Gaston Bachelard (solitude)

La solitude du rêveur de chandelle  Jean Cassou rêvait toujours d'aborder le grand poète Milosz avec cette question digne d'être posée à une majesté : « Comment se porte Votre Solitude ? »Cette question a mille réponses. En quel centre de l'âme, en quel coin du coeur, en quel détour de l'esprit, un grand solitaire est-il seul, bien seul ? Seul ? Enfermé ou consolé ? En quel refuge, dans quelle cellule, le poète est-il vraiment un solitaire ? Et quand tout change aussi selon l'humeur du ciel et la... [Lire la suite]
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