Voyage dans les mots

26 juin 2010

Une bien triste nouvelle...

Philippe et Anne

entourés de leur famille et de leurs proches

 

ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de leur maman


Danielle (oceania55)


survenu ce jeudi 24 juin 2010 à Apt (F)

 

Maman reposera au Complexe funéraire du Grand Luberon

à partir du vendredi 25 juin à 14 heures

La Peyroulière - F84400 Apt

 

La cérémonie aura lieu le mardi 29 juin 2010 à 16 heures

au Crématorium de Manosque

avenue de l’Argile - F04100 Manosque

 

Un cercle d’Amitié et du souvenir aura lieu

chez Maman le mardi 29 juin 2010 à partir de 19 heures 30


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Repose en Paix Maman... Nous t'aimons tant. Philippe et Anne


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13 avril 2010

Marcel Proust

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Puis, la dernière page était lue, le livre était fini. Il fallait arrêter la course éperdue des yeux et de la voix qui suivait sans bruit, s’arrêtant seulement pour reprendre haleine, dans un soupir profond.

Alors, afin de donner aux tumultes depuis trop longtemps déchaînés en moi pour pouvoir se calmer ainsi d’autres mouvements à diriger, je me levais, je me mettais à marcher le long de mon lit, les yeux encore fixés à quelque point qu’on aurait vainement cherché dans la chambre ou dehors, car il n’était situé qu’à une distance d’âme, une de ces distances qui ne se mesurent pas par mètres et par lieues, comme les autres, et qu’il est d’ailleurs impossible de confondre avec elles quand on regarde les yeux « lointains » de ceux qui pensent « à autre chose ».

Alors quoi ? Ce livre, ce n’était que cela ? Ces êtres à qui on avait donné plus de son attention et de sa tendresse qu’aux gens de la vie, n’osant pas toujours avouer à quel point on les aimait, et même quand nos parents nous trouvaient en train de lire et avaient l’air de sourire de notre émotion, fermant le livre, avec une indifférence affectée ou un ennui feint ; ces gens-là pour qui on avait haleté et sangloté, on ne les verrait plus jamais, on ne saurait plus rien d’eux.

Déjà, depuis quelques pages, l’auteur, dans le cruel « Epilogue », avait eu soin de les « espacer » avec une indifférence incroyable pour qui savait l’intérêt avec lequel il les avait suivis jusque là pas à pas.

In "Journée de lecture" 
Sculpture Gabriel Diana

 

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07 avril 2010

Andrée Chédid (Il y a des matins)

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Il y a des matins en ruine
Où les mots trébuchent
Où les clefs se dérobent
Où le chagrin voudrait s’afficher

Des jours
Où l’on se suspendrait
Au cou du premier passant
Pour le pain d’une parole
Pour le son d’un baiser

Des soirs
Où le cœur s’ensable
Où l’espoir se verrouille
Face aux barrières d’un regard

Des nuits
Où le rêve bute
Contre les murailles de l’ombre

Des heures
Où les terrasses
Sont toutes
        Hors de portée.

In « Par-delà les mots »

Photo Calyste "Sur le béton"

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01 avril 2010

Guy Goffette

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Pourtant son accoutrement n’est rien moins que bizarre : un tailleur rouge très moulant, très cintré, avec épaulettes, à la mode des années cinquante (à vérifier), des bas résilles, noirs, à couture, des souliers fins à hauts talons avec une bride sur le cou-de-pied.
Des gants de soie aussi, noirs et brillants, et, sur un gros chignon à l’ancienne dégageant bien le cou et comme l’allongeant (Modigliani de nouveau, qu’y faire ?), un petit chapeau plat du plus malheureux effet, comme un hiatus.

On la verrait plutôt en chapeau claque, en gibus à la Marlène Dietrich, mais il faudrait encore que la jupe soit haut fendue sur le côté, découvrant à chaque pas  –  un  pas plus long, plus souple, un pas qui prend le temps de se mesurer – un morceau de chair blanche, la bordure plus foncée du bas, la jarretelle noire .

In « Presqu’elles »
Photo ?

 

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30 mars 2010

J.-B. Pontalis

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Je viens d’être l’hôte d’une jeune association lyonnaise qui s’est donné comme intitulé La Fabrique des idées. Son propos est d’engager ses divers invités – écrivains, sociologues, philosophes, psychanalystes – à retracer leur parcours, à indiquer comment ils en sont venus à penser comme ils pensent.

« Fabrique des idées », je peinais à accueillir favorablement ces mots. A « fabrique », à « fabriqué » plus encore, je donnais un sens péjoratif. Bien souvent, lisant un livre, j’arrête ma lecture, me disant : c’est bien ficelé (je sens les ficelles), plutôt bien écrit (je sens l’application), l’histoire tient debout (trop peut-être, rien ne vacille), mais c’est fabriqué, sans que je sache précisément, mais l’impression est forte, ce que j’entends par là : peut-être un livre qui ne répondrait à aucune nécessité interne, un livre dont l’auteur saurait où il va et où il veut conduire son lecteur. Il ne nous laisserait pas libre d’inventer le nôtre à partir du sien.

J’ai pensé à ces mots de Pascal Quignard auxquels j’aimerais tant être fidèle :
« J’écris parce que j’ai besoin de dire quelque chose que j’ignore. »

Non, décidément, un livre ne se fabrique pas.
Il s’écrit, il avance tel un aveugle qui palpe les murs et les objets invisibles autour de lui. Nous n’exigeons pas d’un écrivain qu’il soit fou, seulement déboussolé. Nous souhaitons rencontrer un aveugle qui nous fasse, pour un temps du moins, visionnaire.

 In « En marge des nuits »
Tableau V. Cornis : " La Fabrique CAMOIN de la rue d'Aubagne ", 1861

 

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29 mars 2010

Louis Calaferte

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Il y eut une époque où, dans les livres, le sens d’une bonne partie des mots m’échappait. Grâce au seul moyen de la lecture, je me suis lentement familiarisé avec un vocabulaire élargi que je n’avais jamais employé ni entendu employer autour de moi. Cette façon ardue d’appréhender la langue m’a laissé un immense amour des mots. Amour presque physique de l’image. Riche. Pleine. Charnelle.
Le mot est avant tout un cri. C’est par un cri que nous nous manifestons au monde
. Expression ! C’est-à-dire besoin incontrôlable de faire entendre sa voix. Les mots sont faits pour scintiller de tout leur éclat. Il n’y a pas de limite concevable à leur agencement parce que il n’y a pas de limite à la couleur, à la lumière. Il n’y a pas de mesure à la mesure des mots. Il ne viendrait à personne l’idée de mettre un frein à la clarté nue de midi en été. Les mots. Silex et diamant. Votre rôle est de fouiller là-dedans à pleines mains au petit bonheur. Pourvu que ça rende le son qui est en vous au moment où vous écrivez.

Vous rencontrerez toujours un de ces singes maniaques pour vous expliquer gravement que ce que vous prenez ordinairement pour des lustres de Venise ne sont que de vulgaires chandelles usagées.
Devant ces démonstrations savantes empreintes de
mesure, pétez-lui au nez d’un air jovial et bon enfant – qu’il comprenne que la leçon a porté !

In " Septentrion »

 

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26 mars 2010

Andrée Chedid (Saisir)

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Saisir

Recueillir le grain des heures
Eteindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les nœuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Ecouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.

 

In « Par-delà les mots »
Photo JJCito "Sentiers du Massonnet"

 

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24 mars 2010

Guy Goffette

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Elle aime voyager les jambes serrées dans un collant noir,
les jambes collées l'une contre l'autre dans le noir, sagement assise,
les mains simplement posées sur sa jupe portefeuille bien fermée.

Elle aime qu'il en soit ainsi entre les jambes grandes ouvertes d'un homme qui fait mine de dormir.
Elle aime faire semblant de l'ignorer.
D'ignorer que la tenaille se resserre au croisement des voies.

In "Presqu'elles"
Edward Hopper  "Compartiment C, voiture 193"  (1938) 

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21 mars 2010

Pascal Quignard (Si omnes domine ego)

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Si tous sont là sans exception, moi au moins je ferai exception.
La famille affilie les visages.
La société assujettit les sujets.
Le volume de la “chose de tous” (res publica) s’est accru de la publication et de la normalisation de toutes les choses “privées” (res privata) : éducation, conscience, savoir, maladie, vie conjugale, vieillesse, mort.
Même le foetus est photographié in utero.
C’est la surveillance de tous à l’intérieur de chacun.
Omnis domine Ego.

Pindare a écrit dans la deuxième Pythique: Genoi autos essi mathôn. Deviens ce que tu es. Non, ne deviens pas ce que tu es. Ce qui individualise c’est le nom propre, c’est-à-dire le langage où il prend place, c’est-à-dire le contrôle social par la voix intériorisée, c’est-à-dire la servitude sans fin. Ne deviens pas l’esclave des tiens dans le patronyme qu’ils te donnèrent dans la langue collective qu’ils t’enseignèrent. Sans quoi le nom qu’on te donna prendra la place de ta chair.
[…]
Ne deviens pas ce que tu es. Ne deviens pas autos. Ne deviens pas idem.
Ne cherche pas à être différent des autres car l’envie d’être différent des autres, c’est cela le monde.
C’est cela s’adapter aux usages du plus grand nombre et des rivaux. Faire l’intéressant c’est avoir envie d’être identifié. Ne fais pas l’intéressant. Ne t’identifie à rien. Ne deviens pas identique à toi-même. Ne va pas vers toi. Car personne n’est véritablement parvenu au plus impulsif du rythme interne qui le commande, au plus autonome de ce qui vit dans sa vie parce que nous sommes tous des enfants.

In "La barque silencieuse"
 

 

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17 mars 2010

Océania (La route)

 

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Continents pays îles océans mers, « tout ça » que tu abordes, inscrit sur un feuillet quadrillé.
Campée devant la carte du monde, pointer le départ.
Chercher puis trouver les noms inscrits sur la liste, baisser, lever les yeux, vérifier.
Mon doigt hésitant suit la route, je me rapproche pour lire les petits caractères,
ceux des îles minuscules où mon index accoste.
Le regard revient vers l’est, absorbe la continuité, l’ensemble, puis reprend ses découvertes à l’ouest. 
La carte est fixée au mur, à droite de la fenêtre où se découpe un rectangle de terre rousse en manque d’eau.
Mon doigt surfe sur des eaux immenses, profondeurs abyssales.
Je ferme les yeux, j'imagine, la ligne d’horizon tangue dans le cercle d’un hublot.
Je trace des courbes, des droites, des angles, je caresse le tropique du Capricorne,
je contourne des obstacles, ignorante des vents et des courants mais pas de l’élan vers toi,
je m’interroge sur le pourquoi, le comment de tes escales.
J’ai dans le cœur une vibration de caravelle brisant la septième vague, la plus haute.
Je t’accompagne, veilleuse lampe à huile, de celle qui ne s’éteint pas.


 *** 


Tu es assis dans le cockpit, un bras par-dessus bord, le corps légèrement penché en arrière.
Tu observes l’eau filer le long de la coque, tu peux définir la vitesse d’Océania en écoutant son bruissement.

Tu rêves aussi, tu es dans ton royaume, là où tu es à la fois maître et serviteur.
Tu écoutes le vent dans les voiles, tu gères leur surface, leur orientation ;
selon la force du vent tu changeras peut-être de cap.
Tu regardes les étoiles, la lune, les nuages…Tu écoutes…tu écoutes…
Oui, le plus souvent je t’imagine écoutant.
Ecouter, regarder, sentir.

De ta complicité avec Océania, de ta prévenance, de ton attention à ses exigences dépend sa bonne vibration. Mais aussi de tes attentes, de ta confiance en sa fougue, en sa capacité à donner le meilleur de lui-même à un maître artisan qui l’encourage. 
Dans l’excellence, un voilier chante un air particulier, une mélodie qui rend le navigateur heureux et vibrant lui-même.
Un plaisir ample dans le cœur, le ventre, la tête.

L’homme reconnaît  pourquoi il vit ici et maintenant, il rencontre la qualité de son rêve, sa réalité.
L’homme sait pourquoi il est endurant, opiniâtre, patient, humble :
pour créer, pour entendre la note juste émise par son bateau.

Et sa note d'homme, intime décapée dépouillée. 
La note couverte de cicatrices. 
Histoire d’amour, de fusion, de combats, de deuils suivis de naissances.

 

Photo Dom.A    "Graffiti dans une tour de La Rochelle"


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