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Je viens d’être l’hôte d’une jeune association lyonnaise qui s’est donné comme intitulé La Fabrique des idées. Son propos est d’engager ses divers invités – écrivains, sociologues, philosophes, psychanalystes – à retracer leur parcours, à indiquer comment ils en sont venus à penser comme ils pensent.

« Fabrique des idées », je peinais à accueillir favorablement ces mots. A « fabrique », à « fabriqué » plus encore, je donnais un sens péjoratif. Bien souvent, lisant un livre, j’arrête ma lecture, me disant : c’est bien ficelé (je sens les ficelles), plutôt bien écrit (je sens l’application), l’histoire tient debout (trop peut-être, rien ne vacille), mais c’est fabriqué, sans que je sache précisément, mais l’impression est forte, ce que j’entends par là : peut-être un livre qui ne répondrait à aucune nécessité interne, un livre dont l’auteur saurait où il va et où il veut conduire son lecteur. Il ne nous laisserait pas libre d’inventer le nôtre à partir du sien.

J’ai pensé à ces mots de Pascal Quignard auxquels j’aimerais tant être fidèle :
« J’écris parce que j’ai besoin de dire quelque chose que j’ignore. »

Non, décidément, un livre ne se fabrique pas.
Il s’écrit, il avance tel un aveugle qui palpe les murs et les objets invisibles autour de lui. Nous n’exigeons pas d’un écrivain qu’il soit fou, seulement déboussolé. Nous souhaitons rencontrer un aveugle qui nous fasse, pour un temps du moins, visionnaire.

 In « En marge des nuits »
Tableau V. Cornis : " La Fabrique CAMOIN de la rue d'Aubagne ", 1861