07 décembre 2007

Pascal Quignard ( Symbiose)

On dit que dans une symbiose les deux organismes se prodiguent mutuellement secours et nutriments. L'aide et la vigilance en premier.La nourriture en second (c'était plutôt ce que Georges aurait placé en premier).Dans la symbiose chacun exploite irrésistiblement l'autre à proportion de ce qu'il lui rend. Si l'un d'aventure, cherche à prendre avantage sur l'autre, il asphyxie son partenaire. Si l'autre l'affame, il meurt.La symbiose ne définit même pas un équilibre. C'est un conflit... [Lire la suite]
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06 décembre 2007

Pascal Quignard (Assise par terre, le dos...)

  - Non, pour la musique, je ne dirai pas que j'ai éprouvé, jadis, quand j'étais enfant, un coup de foudre. Ça n'a pas été non plus une vocation. Ç'a été plus terrible et j'étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C'est très proche d'une sensation de vertige panique. Mon père était musicien - et pourtant cela ne concernait pas mon père. C'était comme dans l'angoisse. On a soudain l'impres­sion d'être engloutie par un tourbillon d'émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas.... [Lire la suite]
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05 décembre 2007

Pascal Quignard (la foudre)

Car la vie entre les femmes et les hommes est un orage perpétuel.L'air entre leurs visages est plus intense — plus hos­tile, plus fulgurant — qu'entre les arbres ou les pierres.Parfois, de rares fois, de belles fois, la foudre tombe vraiment, tue vraiment. C'est l'amour.Tel homme, telle femme.Ils tombaient en arrière. Ils tombaient sur le dos. In, « Villa Amalia "Photo ?
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27 novembre 2007

Pascal Quignard (L'aurore)

Je connais bien l'aurore. Je ne l'ai jamais man­quée. Même en avion j'entrouvre le petit volet de plastique dont l'hôtesse a ordonné la fermeture pour épier, quelque heure qu'il soit dans le décalage circulaire et céleste, je connais l'heure de la lueur.Derrière la lueur se tient le seuil incertain de la terre.  * L'aurore est au jour ce que le printemps est à l'année c'est-à-dire ce que le bébé est au mort.L'aurore tire une fumée de brume au-dessus des rivières et des lacs. C'est un... [Lire la suite]
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28 octobre 2007

Pascal Quignard

À 80 kilomètres de là, traversant la baie à par­tir d'Amalfi, est enfouie la tombe dite du plon­geur de Paestum. Cette tombe date d'au moins huit siècles avant que le Vésuve lance ses pierres ponces et projette sa lave. Le Plongeur est le couvercle du caveau. Le fond est blanc, le trait est noir. C'est encore une «ombre projetée ». C'est ce que les Grecs appellent une skiagraphia (mot à mot une ombre écrite) et que Pline tra­duit : umbra hominis lineis circumducta.Sur la pierre qui fermait la tombe, un petit per­sonnage... [Lire la suite]
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05 octobre 2007

Pascal Quignard (Mélancolie romaine)

Il y a un secret plus grave. L'amour n'est pas que guerre prédative ni les baisers seulement carnivores. La nuit ne tend pas vers le jour.La nuit est un monde. Quelque chose qui appartenait au bonheur se perd dans l'étreinte. Il y a dans le plus complet amour, dans le bonheur lui-même, un désir que tout bascule subitement dans la mort. Ce qui vient déborder de violence dans la jouissance est surpassé par une tristesse qui n'est pas psycholo­gique. Par une langueur qui effraie. Il y a des larmes absolues qui se... [Lire la suite]
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28 juin 2007

Pascal Quignard (Flamme)

Plus on s'approche du feu, plus on contemple qu'il se résume à la quantité de matière qui vient à manquer dans sa flamme.Ce qui fait la flamme plus brûlante, la braise plus rouge, l'éclat plus lumineux est ce qui devient davantage « rien » en elle. C'est ce qui se précipite pour ne devenir « plus rien » au coeur de la fournaise qui gondole comme une illusion en elle, dans l'air tremblé et translucide de la chaleur. C'est ce « plus rien » qui crie dans le crépi­tement. C'est ce « plus rien » qui est blanc au coeur des... [Lire la suite]
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17 juin 2007

Pascal Quignard (Transmettre)

Entre la composition et l'instrument, entre la par­tition et l'interprète, entre l'auteur et le traducteur, entre l'homme et la femme, il y a quelque chose de plus vivant, dans la source même, capable de jaillir au contact de tout instrument et de toute expres­sion. Quel que soit l'instrument : au-delà de lui. Quelle que soit l'expression : au-delà d'elle. Couperin pense vers le non-monde. Il laisse place à la cinquième saison. (Du moins il pense ceci : «Je pense qu'il y a un instrument d'au-delà. ») Comme le font les... [Lire la suite]
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16 juin 2007

Pascal Quignard (Apprendre)

Apprendre était un plaisir intense. Apprendre res­sortit à naître. Quelque âge qu'on ait, le corps connaît alors une sorte d'expansion. Le sang circule mieux tout d'un coup dans le cer­veau, à l'arrière des yeux, au bout des doigts, au haut du torse, dans le bas du ventre, partout. L'univers s'accroît : une porte s'ouvre soudain là où il n'y avait pas de porte et le corps s'ouvre avec la porte elle-même. Le corps ancien devient un autre corps. Un pays inconnu s'étend où on avance à toute allure et même on... [Lire la suite]
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18 mars 2007

Pascal Quignard

Le conte du voileParrhasios le Peintre offrit de combattre à Zeuxis le Peintre. Zeuxis hésitait à remettre enjeu son titre de meilleur peintre de la Grèce mais il céda à la vanité et accepta le duel.Zeuxis le Peintre peignit des raisins. Il voulut les reproduire d'une façon si parfaite que les oiseaux fussent attirés. Il y parvint.Il n'y a pas que la vue des hommes qui se fascine dans la perception et s'égare dans les rêves. La vue de tous les animaux s'abuse.Un passereau, une colombe, un merle se précipitent à tire-d'aile sur la... [Lire la suite]
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