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Je connais bien l'aurore. Je ne l'ai jamais man­quée. Même en avion j'entrouvre le petit volet de plastique dont l'hôtesse a ordonné la fermeture pour épier, quelque heure qu'il soit dans le décalage circulaire et céleste, je connais l'heure de la lueur.
Derrière la lueur se tient le seuil incertain de la terre.

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L'aurore est au jour ce que le printemps est à l'année c'est-à-dire ce que le bébé est au mort.
L'aurore tire une fumée de brume au-dessus des rivières et des lacs. C'est un voile qui s'interpose en­tre le soleil qui se hisse et son reflet qui se répand dans la région de l'air qui l'entoure. C'est sa propre chaleur qui en rend impossible la vision à l'instant de sa naissance. Nous ne connaissons jamais ce qui commence à son début. Toute cause en nous est ré­capitulée et fictive.

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Nous ne connaissons jamais ce qui finit à l'instant de sa fin véritable. Tout adieu est un mot dont on veut croire qu'il conclut. Or il ne débute rien et il n'achève rien.

In, " Les ombres errantes"
photo pcsl57 (flickr)