gribouillis



J'essaie de garder la fragilité de l'écriture.
C'est une chose qui ne se condense pas vraiment, qui n'existe pas vraiment tout en étant extrêmement vivante.
C'est une chose qui me frappe de plus en plus depuis le temps que je travaille sur la littérature : les vrais auteurs, en écrivant, créent autre chose que ce qu'ils écrivent et créent une vraie vie vivante, qui est entre les lignes, entre les mots.
Quand on s'en occupe, quand on scrute là où il faut, quand on fait des résonances où il faut, on arrive à faire entendre ce qui n'est pas écrit. Fosse théorise là-dessus. Il y a ce qu'il appelle la " voix de l'écriture ", une voix muette qui n'est pas écrite, qui nous dit des choses qui ne sont pas forcément claires. Pour lui, une phrase a un sens, mais contient également le sens contraire.
Pour les acteurs, il est très important de jouer, en même temps, un sens et son contraire. Mais il dit que cette double phrase a également beaucoup d'autres sens. En fin de compte, on ne comprend plus vraiment. On sait qu'on prend, qu'on reconnaît des choses, c'est fait avec des mots très simples, c'est en général des sensations déjà perçues. Mais quelque chose dépasse tout cela, qui est innommable. C'est cela qui m'intéresse.
Nous vivons une époque où les choses qui ont un sens ont fait faillite et les repères qu'on pouvait avoir se sont dissipés dans le néant. Vouloir continuer à faire du théâtre ou de la littérature qui oriente l'esprit des gens dans un sens connu est tout à fait mensonger, c'est un danger public.

Photo Océania