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Riche du seul argent volé en rêve et cherchant au poème une raison étrange il me manque toujours le quart de la somme (et les quelques mots d’une devise) pour payer au tourniquet la carte postale déjà écrite. « Vous payerez un peu plus cher », m’avait pourtant prévenu la vendeuse.
On voit encore au verso le vieil or et l’auréole des annonciations : la vierge de trois quarts et l’ange toujours de profil ; une chambre à ciel ouvert et le couvre-lit souvent rouge ; le souvenir d’un verger et le sens incertain d’une parole portée par le vent, rapportée par les nuages (on entend d’ici le latin du ciel et l’allitération des oiseaux) ; une scène où s’échangent des mots imprononçables, une injure à l’oreille de l’autre ou le prénom de Joseph absent sous les portiques Renaissance.
Avec les tourments du copiste (trois jours de purgatoire pour une lettre manquée) me reviennent les mots écorchés de ma première faute (j’avais écrit la née dernière) et le souvenir retrouvé d’une sœur qui vient de naître. Comme on voit au musée les mots d’une orthographe aujourd’hui étrangère (latin d’église en lettres gothiques), ceux de l’ange aux ailes repliées, qui parle comme un livre pour dire à l’oreille de la vierge la venue d’un enfant futur.

In « Bois dormant » Gallimard, 1983
Fra Angelico, « Annonciation » vers 1450 - Couvent San Marco, Florence