joseph



Accepter le travail, l'effort. Préférer le proche, où le mal est inséparable du bien, aux lointains où règne une clarté pure, mais peut-être fausse, ou morte.

Préférer aux hommes qui ne jurent que par la perfection d'un Absolu et qui sont souvent dangereux, les sceptiques actifs, les endurants, les obstinés.
On se retrouverait alors, simplement, parmi les autres (dans la troupe).


Beaucoup d'hommes en effet ont choisi cette voie, ou la suivent plutôt sans même y avoir jamais pensé. Sans faire tant d'histoires. Ce sont des espèces de soldats, pas du tout fanfarons. Des hommes qui, du fait que leur regard ne se perd pas dans le lointain, voient mieux ce qu'ils ont à leur portée : hommes de métiers, liés étroitement aux choses qui ont une matière, une densité, des noms.
J'ai connu, aimé, vénéré de tels hommes : courts de vues, et d'autant plus fermes. Il m'arrive de vouloir simplement raconter leur vie. Plutôt qu'à des pensées, je ferais confiance à leur exemple. Je montrerais leur tran­quillité, leur sagesse un peu placide, leur courage constant, leur modestie, le rayonnement égal et doux qu'elles répandent. [...]

 

Ces hommes-là sont fermes. Devant la mort, et dans la vie même, ils se tiennent géné­ralement mieux que bien des philosophes — dont la philosophie est née précisément de leur désarroi, de leur peur.

Il m'arrive donc de penser qu'aux enfants, avant un certain savoir qui les trouble plus qu'il ne les aide, il faudrait apprendre la fermeté, l'endu­rance, et aussi la bonté.

 

In « A travers un verger »

Joseph, Georges de la Tour