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Le désert, c'est aussi l'apprentissage de la soustrac­tion. Deux litres et demi d'eau par personne et par jour, une nourriture frugale, quelques livres, peu de paroles. Les veillées du soir sont consacrées aux légendes, aux contes, au rire. Le reste appartient à la méditation, au spirituel. Le cerveau met le cap en avant. Nous sommes enfin débarrassés des futilités, des inutilités, des bavardages. L'homme, cette étincelle entre deux gouffres, trace ici un chemin qui s'effacera après son passage.

Soustraire, se soustraire ; prendre l'essentiel non seu­lement d'objets mais de pensées, cet allégement est déjà une philosophie.
Le désert n'est pas complaisant. Il sculpte l'âme. Il tanne le corps.
Il faut supporter le soleil intense du jour, le froid de la nuit. Trouver de l'eau, cette richesse. Supporter de perdre le sens du temps et de l'espace. Ceci n'est pas réservé qu'aux novices.
Si ce vertige prend un Touareg, vous le verrez s'allonger, se recouvrir de son burnous. L'arrêt, le sommeil, l'obscu­rité, le silence le recentrent. Car le désert, dans le Ténéré par exemple, offre, comme la mer, un horizon perpé­tuellement circulaire. [...]

Les nomades se réfèrent toujours aux astres, au vent. Quelques mots d'un Bédouin m'ont toujours plus appris que ceux des professeurs. C'est pourquoi j'interroge toujours les pèlerins du désert. Leur acuité visuelle, mentale, instinctive est admirable. Le nomade s'appuie sur des repères infimes dans un paysage quasi déser­tique : une bande de sable de telle couleur, un ensemble de pierres de telles formes. L'homme est lié au paysage et sa vigilance lui garantit une liberté toujours fragile.

In « Le chercheur d’absolu »

« Mère et fille » photo Thérèse 2001