Je m'attends qu'il changera

Mais la formule aujourd'hui peu usitée : « Je m'attends qu'il viendra », transposée en je m'attends qu'il changera, nous en dit plus encore. Le thérapeute ne peut pas attendre la solution, puisqu'elle n'est pas son affaire, puisqu'elle a sa source et son estuaire en l'autre.
Attendre et bien plus encore trouver la solution serait pour le thérapeute priver le thérapisant de sa liberté. En ce sens il doit être indifférent au résultat et, d'une humeur égale, recevoir échec ou succès.
Mais cette indifférence ne peut pas faire taire en lui la passion de guérir, c'est-à-dire celle de voir un humain se lever dans sa dignité. Pour concilier en lui indifférence et passion, il suffit que son attente porte sur le futur et que ce futur, comme il l'est par définition, soit seulement probable. Je m'attends qu'il changera est marqué à la racine par l'incertitude, celle du désir de l'autre à changer ou celle de ses capacités actuelles. L'accès au futur de la modification n'appartient pas au thérapeute et, de façon immédiate et directe, ne dépend pas de lui.
Cependant un résultat positif est probable, car il sait, pour l'avoir expérimenté lui-même et en avoir fait faire maintes fois l'expérience, qu'il suffit d'attendre pour que vienne la solution.
Mais il sait également que la solution n'est donnée que lorsque l'attente est libre et gratuite, c'est-à-dire que la solution ne peut venir que si elle n'est pas exigée, c'est-à-dire finalement lorsqu'on ne s'y attend plus.
En pariant sur le plus probable, le s'attendre réussit lorsqu'il s'annule.

In, "La fin de la plainte"