04 août 2007

Albert Camus

"C'est vrai vous ne connaissez pas cette cellule de basse-fosse qu'au Moyen-Age on appelait le "Malconfort".En général, on vous y oubliait pour la vie. Cette cellule se distinguait des autres par d'ingénieuses dimensions. Elle n'était pas assez haute pour qu'on s'y tînt debout, mais pas assez large pour qu'on pût s'y coucher. Il fallait prendre le genre empêché, vivre en diagonale; le sommeil était une chute, la veille un accroupissement.Mon cher, il y avait du génie, et je pèse mes mots,... [Lire la suite]
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03 août 2007

Luis Sepulveda

...Pour tuer les heures de la canicule, il sortit un vieux livre de sous sa soutane et essaya de lire, mais la torpeur le terrassa.Ce livre entre les mains du curé fascina Antonio José Bolivar. Il attendit patiemment que le curé vaincu par le sommeil le laisse échapper.C’était une biographie de saint François qu’il feuilleta furtivement avec l’impression de commettre une sorte de larcin.Il épela les syllabes, puis sa soif de saisir tout ce qui était contenu dans ces pages le fit répéter à mi-voix les mots ainsi formés.Le prêtre se... [Lire la suite]
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02 août 2007

Michel Butor

Pour Marsyas et Oreste, Lectures transatlantiques Ramper avec le serpentse glisser parmi les lignes rugir avec la panthère interpréter le moindre signe se prélasser dans les sables se conjuguer dans les herbes fleurir de toute sa peau Plonger avec le dauphin naviguer de phrase en phrase goûter le sel dans les voiles aspirer dans le grand vent la guérison des malaises interroger l'horizon sur la piste d'Atlantide Se sentir pousser des ailes adapter masques et rôles planer avec le condorse faufiler dans les ruines... [Lire la suite]
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01 août 2007

Roger Dévigne

Odeur marine J'ai dans l'âme une odeur marine.Odeur de large, odeur de plage, odeur de ports,De vieux ports goudronneux et saurs où la maréeDélaye lentement l'ombre des grands navires...Odeur des goémons aux capsules dorées,Chevelures d'ambre, algues que je sens encorGlisser, vivantes, sur ma bouche et ma mémoire ; Coquillages gravés au long des promontoires,Beau souvenir qui sent la mer et le soleil,Les grands chemins marins et les syrtes profondesO les chemins qui ne sont pas... [Lire la suite]
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31 juillet 2007

Sandor Marai

Dans un roman paru en 1980 « Judith...et l’épilogue », Marai exprime le désenchantement qui l’incite à ne plus écrire. Dans une chambre d’hôtel à Rome, Judith raconte sa vie à son amant. Elle parle de sa liaison avec un écrivain, qu’elle ne nommera pas. C’est un homme bizarre qui n’écrit plus, pour lequel elle n’éprouve pas de sentiment, mais à l’influence duquel elle ne peut se soustraire. L’écrivain lui confie qu’à la vue du chaos qui règne dans le monde, il n’a plus confiance dans l’avenir. » « On raconte que les Grecs... [Lire la suite]
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30 juillet 2007

Albert Cohen 3 (Ariane lit une lettre de Solal)

Soudain, elle n’en pouvait plus. C’était alors une lecture minutieuse et lente, une étude de la lettre, avec des arrêts pour méditer, pour se représenter, les yeux fermés, et sur les lèvres un sourire un peu idiot, un peu divin. Afin de mettre en valeur des mots plus tendres ou plus ardents, elle recouvrait parfois la feuille de ses deux mains, de manière que seule la phrase merveilleuse restât visible. Elle s’hypnotisait sur cette phrase. Pour mieux la sentir, elle la déclamait, ou encore, prenant une glace à la main, se la... [Lire la suite]
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29 juillet 2007

Albert Cohen 2 (Ariane reçoit une lettre de Solal)

Trois fois dans la journée, bien avant l’arrivée du courrier, elle était sur la route à attendre. Lorsqu’il n’y avait pas de lettre de l’absent, elle faisait au facteur un sourire aimable, la mort dans l’âme. Lorsqu’il y avait une lettre, elle l’ouvrait tout de suite, la balayait du regard. Une lecture superficielle, du bout des yeux. Elle s’empêchait d’en prendre vraiment connaissance, ne voulait pas s’en pénétrer. Il s’agissait seulement de s’assurer qu’il n’y avait pas de catastrophe, qu’il n’était pas malade, que son retour de... [Lire la suite]
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27 juillet 2007

Albert Cohen 1 (Ariane écrit à Solal)

Soucieuse de perfection, elle rédigeait d’abord des brouillons, deux ou trois, pas davantage. La dernière version jugée satisfaisante, elle se lavait les mains pour ne pas risquer d’altérer le papier à lettres, un vélin teinté, se les lavait longuement, charmée par la pensée qu’elle était une vestale se purifiant avant l’accomplissement d’un rite. Assise devant sa table, ou même à genoux, posture peu commode mais qui lui était troublante, elle dévissait son bon stylo, celui à pointe en biseau qui donnait... [Lire la suite]
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26 juillet 2007

André Gide

Nathanaël, te parlerai-je des grenades ? On les vendait pour quelques sous, à cette foire orientale, Sur des claies de roseaux où elles s’étaient éboulées. On en voyait qui roulaient dans la poussière Et que les enfants nus ramassaient. Leur jus est aigrelet comme celui des framboises pas mûres. Leur fleur semble faite de cire ; Elle est de la couleur du fruit. Trésor gardé, cloisons de ruches, Abondance de la saveur, Architecture pentagonale. L’écorce se fend... [Lire la suite]
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24 juillet 2007

René Char

On ne fait pas un lit aux larmes comme à un visiteur de passage. In, "Feuillets d'Hypnos"  
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