06 décembre 2007

Pascal Quignard (Assise par terre, le dos...)

  - Non, pour la musique, je ne dirai pas que j'ai éprouvé, jadis, quand j'étais enfant, un coup de foudre. Ça n'a pas été non plus une vocation. Ç'a été plus terrible et j'étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C'est très proche d'une sensation de vertige panique. Mon père était musicien - et pourtant cela ne concernait pas mon père. C'était comme dans l'angoisse. On a soudain l'impres­sion d'être engloutie par un tourbillon d'émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas.... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 16:09 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

05 décembre 2007

Pascal Quignard (la foudre)

Car la vie entre les femmes et les hommes est un orage perpétuel.L'air entre leurs visages est plus intense — plus hos­tile, plus fulgurant — qu'entre les arbres ou les pierres.Parfois, de rares fois, de belles fois, la foudre tombe vraiment, tue vraiment. C'est l'amour.Tel homme, telle femme.Ils tombaient en arrière. Ils tombaient sur le dos. In, « Villa Amalia "Photo ?
Posté par oceania55 à 16:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
01 décembre 2007

Ecoute Jo...

Entendre des notes incertaines au piano… La journée avait commencé par un jus d’orange, des tartines grillées à la confitureAbricots du jardin, thé fumé…Une pierre maintient le livre ouvert à la page que je lis.Le beurre coule à travers les trous du pain chaud.Je lèche mes doigts pour tourner la page.C’est bon les mots que je lis. Comme du pain, comme du levain.Oui, la journée avait commencé comme ça. Puis, un peu plus tard, les notes…. Elles sont... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 23:17 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
30 novembre 2007

Jules Supervielle

L’arbre Il y avait autrefois de l'affection, de tendres sentiments, C'est devenu du bois.Il y avait une grande politesse de paroles,C'est du bois maintenant, des ramilles, du feuillage. Il y avait de jolis habits autour d'un coeur d'amoureuse Ou d'amoureux, oui, quel était le sexe ?C'est devenu du bois sans intentions apparentesEt si l'on coupe une branche et qu'on regarde la fibre Elle reste muetteDu moins pour les oreilles... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 23:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
29 novembre 2007

Sylvain Tesson

Aux bords de l’humanisme Jusqu'à un certain jour où le ciel s'embru­nit, je voyageais pour rencontrer les Hom­mes. À ceux qui demandaient une raison à mes brusques départs, je décrivais l'huma­nisme — cet élan sentimental qui nous porte vers nos semblables -- comme présidant à tout élan vagabond. J'ajoutais que c'était pour étancher ma soif de l'Autre que je me lançais dans de longues échappées. Mes interlocu­teurs se montraient ravis de ces réponses : la référence à l'humanisme est le meilleur moyen d'endormir ... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 22:03 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
28 novembre 2007

Puis la vie...

Tiens-moi chaud près de toije veux t’être précieuseêtre ton trésorainsi que tu me nommes… Puis la vie, le linge, les haricots, le repassagereprennent leurs droits qui font nos devoirsje me mets en route avec au cœur la joie de t’aimer,Le long du talus, les iris mauves sont en fleur. Durant une journée,lorsque je ne t’écris pas  lorsque nous ne nous parlons pas,je ressens un manque, un manque de droguée… Un rythme se rompt et cette rupture de te... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 14:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 novembre 2007

Pascal Quignard (L'aurore)

Je connais bien l'aurore. Je ne l'ai jamais man­quée. Même en avion j'entrouvre le petit volet de plastique dont l'hôtesse a ordonné la fermeture pour épier, quelque heure qu'il soit dans le décalage circulaire et céleste, je connais l'heure de la lueur.Derrière la lueur se tient le seuil incertain de la terre.  * L'aurore est au jour ce que le printemps est à l'année c'est-à-dire ce que le bébé est au mort.L'aurore tire une fumée de brume au-dessus des rivières et des lacs. C'est un... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 16:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
25 novembre 2007

Patrick Drevet (La voix 1)

Pour Chris/ValEtait-ce un effet d'acoustique dans le wagon non bondé, ou une qualité qui lui était propre, il me sembla que la voix du passager qui, dans mon dos, entamait une conver­sation sur son portable, m'enfermait au cœur de ses vibra­tions à la façon dont on l'est sous un casque d'appareil sté­réo. La sensation presque tactile que j'avais de son grain, la perception de son écoulement fluide mais comme hérissé de minuscules échardes qui lui donnaient une tessiture pelucheuse, râpeuse, l'acuité avec laquelle je... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
25 novembre 2007

Patrick Drevet ( La voix 2)

Cela m'était arrivé dans le Palatino à l'approche de Rome alors que j'émergeais de l'état vaseux consécutif à une nuit blanche dans le ferraillement des roues et le confinement d'une couchette aux trépidations de trieuse. Des Italiens montés au dernier arrêt s'étaient massés dans le couloir. L'un d'eux, animé de la logorrhée enjouée à laquelle on semble couramment sujet dans ce pays ou dans cette langue, inscrivait, par-dessus le sourd martèlement du train, les ara­besques déliées d'une sorte de vocalise.... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
24 novembre 2007

Patrick Drevet (La voix 3)

Photo wauter de tuinkabouter Pour insignifiantes que fussent les paroles qu'il débitait d'une façon plutôt détachée, presque lasse, sa voix expri­mait donc toute sa chair. Il résonnait en elle des fibres plus profondes que sa gorge. Sa trame dévoilait dans les vacille­ments de ses plis la sensualité latente, potentiel d'ardeur et de ferveur qui pour lors ne faisait que jasper sa texture. Cette voix remontait des cavernes reculées du corps quel­que chose comme une faim inavouable de blottissements. Ses... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 10:35 - - Commentaires [1] - Permalien [#]