11 mai 2008

Annie Ernaux (années 80)

Selon notre désir et celui de l'État relayé par les banques et les plans d'épargne logement, on « accédait à la pro­priété ». Ce rêve réalisé, cet accomplissement social, con­tractait le temps, rapprochait les couples de la vieillesse : ils vivraient ici ensemble jusqu'à la mort. Emploi, mariage, enfants, ils étaient allés au bout de l'itinéraire de repro­duction scellé maintenant dans la pierre par des traites sur vingt ans. Ils s'étourdissaient dans le bricolage et la réfection des peintures, la pose de tissu... [Lire la suite]
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10 mai 2008

Annie Ernaux (année 70)

On ne se souviendrait ni du jour ni du mois — mais c'était le printemps —, seulement qu'on avait lu tous les noms, du premier au dernier, des 343 femmes — elles étaient donc si nombreuses et on avait été si seule avec la sonde et le sang en jet sur les draps — qui déclaraient avoir avorté illégalement, dans Le Nouvel Observateur. Même si c'était mal vu, on avait rejoint ceux qui récla­maient l'abrogation de la loi de 1920 et l'accès libre à l'avortement médical. On tirait des tracts sur la photo-copieuse du lycée,... [Lire la suite]
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09 mai 2008

Annie Ernaux (années 60)

L'arrivée de plus en plus rapide des choses faisait reculer le passé. Les gens ne s'interrogeaient pas sur leur utilité, ils avaient simplement envie de les avoir et souffraient de ne pas gagner assez d'argent pour se les payer immédia­tement. Ils s'habituaient à rédiger des chèques, découvraient les " facilités de paiement », le crédit Sofinco. Ils étaient à l'aise avec la nouveauté, tiraient fierté de se ser­vir d'un aspirateur et d'un sèche-cheveux électrique. La curiosité l'emportait sur la... [Lire la suite]
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08 mai 2008

Annie Ernaux (années 50)

À la moitié des années cinquante, dans les repas de famille, les adolescents restaient à table, écoutant les propos sans s'y mêler, souriant poliment aux plaisante­ries qui ne les faisaient pas rire, aux remarques approba­trices dont ils étaient l'objet sur leur développement physique, aux grivoiseries voilées destinées à les faire rougir, se contentant de répondre aux questions émises précautionneusement sur leurs études, ne se sentant pas encore prêts à entrer de plein droit dans la conversation générale, même si... [Lire la suite]
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