14 décembre 2007

Jacques Drillon

Extrait du journal d’un ci-bientôt vieillard, écrit au présent, à la troisième personne, par pudeur, et intitulé : Concordance des temps. Il a rencontré une très jeune femme ; presque une jeune fille. Il la courtise. Il n'est pas nul ; il sait s'y prendre. Très rapidement, il parvient à ses fins. Elle veut « en parler », emploie de drôles de mots : « notre relation », « s'embarquer dans ». Il trouve que les jeunes d'aujourd'hui ont les pieds sur terre. Il devine qu'elle n'est pas émue. D'ailleurs, au... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 17:42 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

23 juillet 2007

Jacques Drillon

L'oreille de l'oeil. Il n'est pas possible de recevoir une oeuvre nouvelle en tant qu'oeuvre nouvelle ; la perception est une opération mentale qui consiste en une reconnaissance multiple d'éléments connus, susceptibles d'être rattachés les uns aux autres, et dont l'agencement nouveau forme l'oeuvre. Lorsqu'on entend une musique pour la première fois, il se déclenche en soi une fantastique série d'opérations de recherche (quelle usine .5 visant à identifier, c'est-à-dire à rendre semblables à du connu le plus de... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 12:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
19 mars 2007

Jacques Drillon 1

Mozart passe sa vie en ballon. Les peupliers sont agités par le vent, les nuages défilent à toute vitesse. Mozart lâche du lest. Il monte vers le ciel. Bientôt, il ne voit plus ni les arbres ni les routes, ni même les maisons, que hantent les hommes et les rats. Mozart lâche encore du lest. Il s'élève au-dessus des nuages. Trop de matière encore, se dit-il. Il précipite tout ce qu'il possède pardessus bord, ses vêtements, ses chaussures. Il ne lui reste que sa nacelle, son ballon. Il les jette aussi. * La bonne ponctuation... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
19 mars 2007

Jacques Drillon 2

Richter d'arrache-pied.Ce qu'il y a de beau, dans le travail, c'est qu'il attire à lui ce qui va le nourrir. Le travail se fait centre, il transforme toute chose en provision de bouche : les lectures, les hommes, les heures, les idées... Lorsque vous travaillez, vous n'êtes pas absent, ni préoccupé. Vous réorganisez votre constellation : votre « sujet » devient le soleil central, autour duquel tourne tout le système. Vous êtes donc terriblement présent, au contraire, vivant, organisé. Un peu centripète, à la rigueur.On sait, grâce à... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
19 mars 2007

Jacques Drillon 3

On raconte qu'un jour Michelangeli avait été invité à une soirée par une riche femme du monde; il était assis dans un coin, et buvait un verre. Arrive son hôtesse : "Cher Maître, voyez-vous ce piano, là-bas? C'est un Steinway tout neuf il n'a jamais été joué. Voulez-vous me faire l'honneur de l'inaugurer en nous interprétant quelque chose? " Michelangeli se lève, et lui tend un billet de banque : " Madame, je préfère encore payer mon whisky." *Pire que tout, l'ennui (Khovanchtchina, de Moussorgski)Parfois, le fil... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
19 mars 2007

Jacques Drillon 4

La musique a toujours été pour moi une espèce de, peut-être pas de carburant, mais au moins de comburant qui permettait aux choses de brûler mieux, et qui m'a nourri constamment, qui m'a toujours paru être la chose la plus puissante, la plus élevée que l'homme pouvait faire dans sa vie, que l'on n'avait pas trouvé de meilleur moyen de s'approcher de, je ne sais pas, appelons cela Dieu si vous voulez ou appelons cela... schtroumpf, enfin de quelque chose qui serait très, très haut, de quelque chose qui serait de l'ordre de ce que... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 13:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
16 mars 2007

Jacques Drillon

Lettre à un élève doué.Mon cher petit,Je voudrais te dire pourquoi mon plaisir a été si grand, hier, lorsque tu m'as joué cette sonate de Schubert.Tu voulais à tout prix me la jouer, tu avais peur, tu m'avais mis la partition dans les mains, sans doute pour te faire plus petit, alors que tu es si grand.Tu attendais « des conseils » Mon Dieu. Tu as de ces mots.D'abord, le travail avec toi est un luxe. J'ai l'impression de voir des chaussures de prix, comme je n'en aurai jamais (toi, si, sans doute) : en cuir très fin et très souple,... [Lire la suite]
Posté par oceania55 à 23:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]