09 juin 2008
Nicolas de Staël

À Douglas Cooper
Antibes, janvier 1955
Je vous réponds un peu
plus sérieusement à votre lettre si gentille du 11 janvier.
Ce qui est important dans
ce que vous dites, c'est que vous donnez un aspect de votre avis alors que la
peinture, la vraie, tend toujours à tous les aspects, c'est-à-dire à
l'impossible addition de l'instant présent, du passé et de l'avenir.
Les raisons pour
lesquelles on aime ou l'on n'aime pas ma peinture m'importent peu parce que je
fais quelque chose qui ne s'épluche pas, qui ne se démonte pas, qui vaut par
ses accidents, que l'on accepte ou pas.
On fonctionne comme on
peut. Et moi j'ai besoin pour me renouveler, pour me développer, de
fonctionner toujours différemment d'une chose à l'autre, sans esthétique à
priori.
On accorde fort, fin,
très fin, valeurs directes, indirectes, ou l'envers de la valeur, ce qui importe
c'est que ce soit juste. Cela toujours. Mais l'accès à ce juste, plus il est
différent d'un tableau à l'autre, plus le chemin qui y mène paraît absurde,
plus cela m'intéresse de le parcourir.
Impressionniste, je ne
sais ce que cela veut dire.
In "Lettres" éditions Ides et Calendes
Nicolas de Staël, "Fort carré d'Antibes, 1955"
09 avril 2007
Nicolas de Staël
A sa soeur.
Pourtant, seul comme cela, on a des loisirs superbes pour réfléchir à des tas de choses, seulement c'est l'axe qui est le plus important, la volonté, l'architecture. Il faut que tout cela monte bien, simple, coordonné, Dieu que c'est difficile la vie ! Il faut jouer toutes les notes, les jouer bien, ne pas croire à l'âme, à l'inspiration, oublier les études secondaires, détruire les encyclopédies et faire des gestes simples, bons.
In, "Lettres"
Nicolas de Staël

A Jean Adrian
Pour moi l'instinct est de perfection inconsciente et mes tableaux vivent d'imperfection consciente. Je n'ai confiance en moi que parce que je n'ai confiance en personne d'autre et je ne puis en tout cas pas savoir moi-même ce qu'un tableau est ou n'est pas et fabriquer de nouvelles constantes avant de peindre.
Il faut travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience.
In, "Lettres"
Peinture "La route"
Nicolas de Staël

A son père...
Et si je vous disais que dans mon esprit être artiste ce n'est pas compter, mais vivre comme l'arbre sans presser sa sève, attendre l'été, que l'été vient, mais qu'il faut avoir de la patience, de la patience, vous ne partageriez pas ma pensée et vous auriez raison.
Vous auriez deux fois raison parce que tout en me disant chaque jour qu'il faut mûrir, être patient, qu'il faut laisser ma vie intérieure se développer naturellement, mes dessins sont hâtifs, impatients, souvent désespérés. J'ai peut-être deux fois tort.
[...]
Tout doit se passer en moi. C'est avec le besoin intérieur, intime, qu'il faut dessiner et ce n'est que comme cela que je ferai si je puis du bon dessin, de la bonne peinture.
In "Lettres"
Peinture "L'étagère"
