Voyage dans les mots

Textes, poèmes et phrases que j'aime.

24 juin 2008

Mahmoud Darwich

centre_r_tention_Vincennes__


La terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier défilé et nous nous dévêtons de nos membres pour passer.
Et la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé, pour mourir et ressusciter.
Que n'est-elle notre mère
Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les
images des rochers que notre rêve portera,
Miroirs. Nous avons vu les visages de ceux que le dernier
parmi nous tuera dans la dernière défense de l'âme.
Nous avons pleuré la fête de leurs enfants et nous avons vu les visages de ceux qui précipiteront nos enfants
Par les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.
Où irons-nous, après l'ultime frontière ? Où partent les oiseaux, après le dernier
Ciel ? Où s'endorment les plantes, après le dernier vent ? Nous écrirons nos noms avec la vapeur
Carmine, nous trancherons la main au chant afin que notre chair le complète.
Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici, et un olivier montera de
Notre sang.
1986

Photo D.R., Centre de rétention de Vincennes

Posté par oceania55 à 20:51 - Darwich Mahmud - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 octobre 2007

Mahmoud Darwich

branche_d_amandier_en_fleurs___Van_Gogh



Pour décrire les fleurs d’amandier

Pour décrire les fleurs d'amandier,
l'encyclopédie des fleurs et le dictionnaire
ne me sont d'aucune aide...
Les mots m'emporteront
vers les ficelles de la rhétorique
et la rhétorique blesse le sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d'amandier resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l'écho ?
Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches...
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse...
Fragiles, telle une pensée fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour rien...
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent transcrire.
Pour décrire les fleurs d'amandier,
j'ai besoin de visites
à l'inconscient qui me guident aux noms
d'un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s'appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j'ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu'ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les mots,
mais passion du blanc
pour la description des fleurs d'amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu'un parvenait
à une brève description des fleurs d'amandier,
la brume se rétracterait des colline
et un peuple dirait à l'unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national !

In, « Comme des fleurs d’amandier ou plus loin »

Van Gogh, "Branche d'amandier en fleurs"

Posté par oceania55 à 23:06 - Darwich Mahmud - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1