24 juin 2008
Mahmoud Darwich

La
terre nous est étroite. Elle nous accule dans le dernier défilé et nous nous
dévêtons de nos membres pour passer.
Et
la terre nous pressure. Que ne sommes-nous son blé, pour mourir et ressusciter.
Que n'est-elle notre mère
Pour compatir avec nous. Que ne sommes-nous les
images
des rochers que notre rêve portera,
Miroirs.
Nous avons vu les visages de ceux que le dernier
parmi nous tuera dans la dernière défense de l'âme.
Nous
avons pleuré la fête de leurs enfants et nous avons vu les visages de ceux qui précipiteront
nos enfants
Par
les fenêtres de cet espace dernier, miroirs polis par notre étoile.
Où
irons-nous, après l'ultime frontière ? Où partent les oiseaux, après le dernier
Ciel
? Où s'endorment les plantes, après le dernier vent ? Nous écrirons nos noms
avec la vapeur
Carmine,
nous trancherons la main au chant afin que notre chair le complète.
Ici, nous mourrons. Ici, dans le dernier défilé. Ici ou ici, et un olivier
montera de
Notre
sang.
1986
Photo D.R., Centre de rétention de Vincennes
27 octobre 2007
Mahmoud Darwich

Pour décrire les fleurs
d’amandier
l'encyclopédie des fleurs et
le dictionnaire
ne me sont d'aucune aide...
Les mots m'emporteront
vers les ficelles de la
rhétorique
et la rhétorique blesse le
sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la
femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d'amandier
resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l'écho ?
Transparentes comme un rire
aquatique,
elles perlent de la pudeur de
la rosée
sur les branches...
Légères, telle une phrase
blanche mélodieuse...
Fragiles, telle une pensée
fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour
rien...
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent
transcrire.
Pour décrire les fleurs
d'amandier,
j'ai besoin de visites
à l'inconscient qui me guident
aux noms
d'un sentiment suspendu aux
arbres.
Comment s'appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des
mots,
j'ai besoin de traverser la
pesanteur et les mots
lorsqu'ils deviennent ombre
murmurante,
que je deviens eux et que,
transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les
mots,
mais passion du blanc
pour la description des fleurs
d'amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles
donc
dans leur dédain des choses et
des noms ?
Si quelqu'un parvenait
à une brève description des
fleurs d'amandier,
la brume se rétracterait des
colline
et un peuple dirait à
l'unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne
national !
Van Gogh, "Branche d'amandier en fleurs"
