22 octobre 2008
Jocelyne Curtil

Cher amant,
J'avance à votre
rencontre sur la pointe des pieds, entendez-vous ?
J'ai des lassitudes de
bornes kilométriques, des élans de sarcelles, des glissades de fils
télégraphiques, mais j'arrive.
C'est si long, il faut
déboutonner tant de villages avant d'en asseoir un dans son coeur pour vous en
nourrir, car vous êtes un ogre, cher amant, mais un ogre dédaigneux.
Mitron de vos amours, je
m'allonge quelquefois dans les yeux de vos femmes alors qu'elles continuent de
paître mécaniquement leur laisse, ou bien j'accentue la vitre qui vous reflète,
et vous vous sentez fragile et fou comme une hélice.
Je suis toujours une
petite évidence dans votre coeur, mais j'ajuste si précisément ma voilette,
qu'il vous est encore impossible de me reconnaître.
Je serai là quand vous ne
saurez plus l'heure exacte.
En attendant, je vous
enrobe de désir,
La mort
In « Le soleil
sous la peau »
Photo rosace sud Notre
Dame de Paris
