09 mars 2008
Pierre Corneille

CURIACE
D'une égale chaleur au
combat animées,
Se menaçaient des yeux
et, marchant fièrement,
N'attendaient, pour
donner, que le commandement,
Quand notre dictateur
devant les rangs s'avance,
Demande à votre prince un
moment de silence,
Et, l'ayant obtenu : «
Que faisons-nous, Romains,
Dit-il, et quel démon
nous fait venir aux mains ?
Souffrons que la raison
éclaire enfin nos âmes :
Nous sommes vos voisins,
nos filles sont vos femmes,
Et l'hymen nous a joints
par tant et tant de noeuds
Qu'il est peu de nos fils
qui ne soient vos neveux.
Nous ne sommes qu'un sang
et qu'un peuple en deux villes :
Pourquoi nous déchirer
par des guerres civiles,
Où la mort des vaincus
affaiblit les vainqueurs,
Et le plus beau triomphe
est arrosé de pleurs ?
Nos ennemis communs
attendent avec joie
Qu'un des partis défait
leur donne l'autre en proie,
Lassé, demi-rompu,
vainqueur, mais, pour tout fruit,
Dénué d'un secours par
lui-même détruit.
Ils ont assez longtemps
joui de nos divorces ;
Contre eux dorénavant
joignons toutes nos forces ;
Et noyons dans l'oubli ces petits différends
Qui de si bons guerriers
font de mauvais parents.
Que si l'ambition de
commander aux autres
Fait marcher aujourd'hui
vos troupes et les nôtres,
Pourvu qu'à moins de sang
nous voulions l'apaiser,
Elle nous unira, loin de
nous diviser.
Nommons des combattants
pour la cause commune :
Que chaque peuple aux
siens attache sa fortune,
Et suivant ce que d'eux
ordonnera le sort
Que le faible parti prenne
loi du plus fort ;
Mais sans indignité pour
des guerriers si braves,
Qu'ils deviennent sujets
sans devenir esclaves,
Sans honte, sans tribut,
et sans autre rigueur
Que de suivre en tous
lieux les drapeaux du vainqueur.
Ainsi nos deux États ne
feront qu'un empire. »
Il semble qu'à ces mots
notre discorde expire :
Chacun, jetant les yeux
dans un rang ennemi,
Reconnaît un beau-frère,
un cousin, un ami ;
Ils s'étonnent comment
leurs mains, de sang avides,
Volaient, sans y penser,
à tant de parricides
Et font paraître un front
couvert tout à la fois,
D'horreur pour la
bataille et d'ardeur pour ce choix.
Enfin l'offre s'accepte,
et la paix désirée
Sous ces conditions est
aussitôt jurée :
Trois combattront pour
tous ; mais pour les mieux choisir,
Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir :
Le vôtre est au sénat, le
nôtre dans sa tente.
CAMILLE
Ô dieux, que ce discours
rend mon âme contente !
CURIACE
Dans deux heures au plus,
par un commun accord,
Le sort de nos guerriers
réglera notre sort.
Cependant tout est libre,
attendant qu'on les nomme :
Rome est dans notre camp,
et notre camp dans Rome ;
D'un et d'autre côté
l'accès étant permis,
Chacun va renouer avec
ses vieux amis.
Pour moi, ma passion m'a
fait suivre vos frères ;
Et mes désirs ont eu des
succès si prospères
Que l'auteur de vos jours
m'a promis à demain
Le bonheur sans pareil de
vous donner la main
Vous ne deviendrez pas
rebelle à sa puissance ?
Horace, I, 3 Elections en France, aujourd'hui
Photo Erodo.be
31 janvier 2008
Pierre Corneille

" Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la
guerre:
Toute votre félicité
Sujette à l'instabilité
En moins de rien tombe par terre;
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité. "
In, "Polyeucte, IV, 2"
Photo G.Mery - (photoplap)
