Voyage dans les mots

Textes, poèmes et phrases que j'aime.

06 avril 2009

Leonard Cohen (I'm your man)

sarcophage_des__poux___510_avt_J_C_Cerveteri


 

Si tu cherches un amant

je ferai ce que tu demanderas

Si tu veux un autre genre d'amour

je porterai un masque pour toi

Si tu veux un associé prends ma main, ou

Si tu veux me frapper

parce que tu es en colère

me voici

je suis ton homme

 

Si tu veux un boxeur

je monterai sur le ring pour toi

Si tu veux un médecin

j'ausculterai chaque pouce de toi

Si tu veux un chauffeur

tu n'as qu'à entrer ou

si tu veux me monter pour une promenade

tu sais que tu le peux

je suis ton homme

 

La lune est trop claire

les chaînes trop serrées

la bête ne s'endormira pas

j’ai passé en revue toutes les promesses

que j'ai faites et n'ai pu tenir

 

Mais un homme ne retrouve pas une femme

en la suppliant à genoux

sinon je ramperais vers toi, petite,

et je tomberais à tes pieds

je hurlerais vers ta beauté

comme un chien en rut

et je te grifferais le coeur

je déchirerais tes draps

et je te dirais, je t'en prie

je suis ton homme

 

Si tu veux dormir un instant sur la route

je prendrai le volant

Si tu veux arpenter seule la rue

je disparaîtrai de ta vue

Si tu veux un père pour ton enfant

ou si tu veux marcher

avec moi un instant

sur le sable

je suis ton homme.


« Sarcophage des époux » de Cerveteri, 510 avt J-C

Musée du Louvre 

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19 février 2009

Leonard Cohen

papillons_noirs



Comment dire la poésie

 

Prenons le mot papillon. Pour utiliser ce mot, il n'est pas nécessaire d'avoir une voix qui pèserait moins d'une livre ni de lui mettre de petites ailes poussiéreuses. Il n'est pas nécessaire d'inventer une journée ensoleillée ou un champ de jonquilles. Il n'est pas nécessaire d'être amoureux, ni d'aimer les papillons. Le mot papillon n'est pas un vrai papillon. Il y a le mot et il y a le papillon. Si tu confonds ces deux éléments, les gens ont le droit de rire de toi. N'en fais pas trop avec le mot. Est-ce que tu essaies de suggérer que tu aimes les papillons plus que n'importe qui, ou que tu comprends vraiment leur nature ? Le mot papillon n'est qu'une information. Ce n'est pas pour toi l'occasion de pla­ner, de t'élever dans les airs, de venir en aide aux fleurs, de sym­boliser la beauté et la fragilité, ni en aucune façon de personnifier un papillon. Il ne faut pas jouer les mots jusqu'au bout. Jamais. N'essaie jamais de quitter le sol quand tu parles d'envol. Ne ferme jamais les yeux en rejetant la tête sur le côté quand tu parles de la mort. Ne me fixe pas avec tes yeux brûlants quand tu parles d'amour. Si tu veux m'impressionner quand tu parles d'amour, glisse ta main dans ta poche ou sous ta robe et branle-toi. Si l'ambition et la soif d'applaudissements t'ont poussé à parler d'amour, tu devrais apprendre à le faire sans te déshonorer ni déshonorer ton matériau.

Quelle expression exige notre époque ? Elle n'exige aucune expression particulière. Nous avons vu des photos de mères asia­tiques affligées. L'angoisse des organes que tu tripotes n'intéresse personne. Ton visage ne peut rien exprimer qui puisse rivaliser avec l'horreur de notre temps. N'essaie même pas. Tu ne ferais que t'exposer au mépris de ceux qui ont profondément ressenti ces choses. Nous avons vu des bandes d'actualités montrant des êtres humains aux limites de la souffrance et de l'effondrement. Tout le monde sait que tu manges bien et que tu es même payé pour être là. Tu joues devant des gens qui ont vécu une catas­trophe. Ça devrait te calmer. Dis les mots, transmets l'informa­tion, retire-toi. Tout le monde sait que tu souffres. Tu ne peux pas dire au public tout ce que tu sais sur l'amour dans chaque vers d'amour que tu dis. Retire-toi et le public saura ce que tu sais parce qu'il le sait déjà. Tu n'as rien à lui apprendre. Tu n'es pas plus beau que lui. Pas plus malin Ne crie pas. N'essaie pas d'entrer de force, à sec. C'est vraiment une mauvaise façon de faire l'amour. Si tu tiens à montrer tes organes génitaux en vers alors tu dois tenir tes promesses. Et rappelle-toi que les gens ne veulent pas d'acrobate au lit. De quoi avons-nous besoin ? De rester au plus près de l'homme naturel, de la femme naturelle. Ne fais pas semblant d'être un chanteur adulé avec un public immense et fidèle qui a suivi les hauts et les bas de ta vie jusqu'à ce moment précis. Les bombes, les lance-flammes et toutes ces merdes ont détruit bien plus que des arbres et des villages. Ils ont aussi détruit la scène. Est-ce que tu penses que ta profession allait échapper à la destruction générale ? La scène n'existe plus. Les feux de la rampe n'existent plus. Tu es au milieu des gens. Alors, sois modeste. Dis les mots, transmets l'information, retire- toi. Sois seul. Dans ta chambre. Ne te mets pas en avant.

C'est un paysage intérieur. Ça se passe à l'intérieur. C'est privé. Respecte le caractère privé de ton matériau. Ces textes ont été écrits dans le silence. Le courage de ce jeu est de les dire. La discipline du jeu est de ne pas les violer. Laisse le public ressen­tir ton amour de la solitude même si tu ne connais aucune soli­tude. Sois une bonne pute. Le poème n'est pas un slogan. Il ne peut pas faire ta pub. Il ne peut pas faire la promotion de ta sen­sibilité. Tu n'es pas un étalon. Tu n'es pas une femme fatale. Toutes ces conneries sur les petits chefs de l'amour. Tu es un étudiant en discipline. Ne joue pas les mots jusqu'au bout. Les mots meurent quand tu les joues jusqu'au bout, ils se flétrissent et il ne nous reste que notre ambition.

Dis les mots avec la même précision que tu mettrais pour véri­fier une liste de blanchisserie. Ne t'attendris pas sur le corsage en dentelle. Ne te mets pas à bander quand tu dis petite culotte. N'aie pas de frissons à cause d'une serviette de toilette. Les draps ne devraient pas faire naître d'expression rêveuse dans tes yeux. Inutile de pleurer dans le mouchoir. Les chaussettes ne sont pas là pour te rappeler des voyages étranges et lointains. Ce n'est que ton linge sale. Ce ne sont que tes vêtements. Ne joue pas au voyeur. Mets-les, c'est tout.

Le poème n'est qu'une information. C'est la constitution du pays intérieur. Si tu le déclames et si tu le gonfles avec de nobles intentions, alors tu ne vaux pas mieux que les politiciens que tu méprises. Tu es quelqu'un qui agite un drapeau et qui fait bassement appel à un patriotisme sentimental. Pense aux mots comme à une science, pas comme à un art. Ce sont des comptes rendus. Tu parles devant une assemblée du Club des Explorateurs de la Société Géographique Nationale. Ce sont des gens qui connaissent les risques de l'escalade. Ils t'honorent de considérer ce que tu dis comme allant de soi. Si tu leur mets le nez dedans, ce sera une insulte à leur hospitalité. Parle-leur de la hauteur de la montagne, de l'équipement que tu as utilisé, sois précis à propos des surfaces et du temps qu'il t'a fallu pour les escalader. Ne cherche pas à provoquer dans le public des hoquets et des soupirs. Si tu en mérites, ils ne viendront pas de ton évaluation mais de celle du public. Ce sera dans les statistiques, non dans le tremblement de la voix ou dans les effets de manche. Ce sera dans l'information et la tranquille organisation de ta présence.

Evite les fioritures. N'aie pas peur d'être faible. N'aie pas honte d'être fatigué. Tu as une bonne tête quand tu es fatigué. On dirait que tu pourrais continuer comme ça indéfiniment.
Main­tenant, viens dans mes bras. Tu es l'image de ma beauté.

 

In « Musique d’ailleurs 2 »

Dessin ?

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18 mai 2008

Leonard Cohen (Dance me...)

kiss_blog


Danse-moi jusqu’à la fin de l’amour

Danse-moi ta beauté
avec un violon brûlant
Danse-moi dans la peur
jusqu'à ce que je sois rassemblé
enlève-moi comme un rameau d'olivier
sois la colombe du retour
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour

Laisse-moi voir ta beauté
quand les témoins seront partis
laisse-moi sentir tes mouvements
comme autrefois dans Babylone
Montre-moi lentement ce dont
je ne connais que l'entour
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour

Danse-moi vers le mariage
Danse-moi encore et encore
Danse-moi très tendrement
danse-moi très longtemps
Nous sommes sous notre amour
nous sommes dessus pour toujours
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour

Danse-moi vers les enfants
qui nous demandent à naître
Danse-moi à travers les fenêtres
que nos baisers ont épuisées
Dresse une tente pour notre amour
malgré chaque fil déchiré
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour

Danse-moi ta beauté
avec un violon brûlant
Danse-moi dans la peur
Jusqu’à ce que je sois rassemblé
Caresse-moi de ta main nue
caresse-moi avec ton gant
Danse-moi jusqu'à la fin de l'amour

Dance me to the end of love

Dance me to your beauty
with a buming violin
Dance me through the panic
till I'm gathered safely in
Lift me like an olive branch
and be my homeward dove
Dance me to the end of love

Let me see your beauty
when the wimesses are gone
Let me feel you moving
like they do in Babylon
Show me slowly what I only
know die limits of
Dance me to the end of love

Dance me to the wedding now
dance me on and on
Dance me very tenderly
and dance me very long
We're both of us beneath our love
we're both of us above
Dance me to the end of love

Dance me to the children
who are asking to be bom
Dance me through the curtains
that our kisses have outwom
Raise a tent of shelter now
though every thread is torn
Dance me to the end of love

Dance me to your beauty
with a burning violin
Dance me through the panic
till I’m gathered safely in
Touch me with your naked hand
touch me with your glove
Dance me to the end of love.

Photo Cl. & B.

Posté par oceania55 à 18:32 - Cohen Leonard - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Leonard Cohen ( Saint)

Leonard_Cohen___Sirang


Qu'est-ce qu'un saint ? Un saint c'est quelqu'un qui a atteint une lointaine possibilité humaine. Il est impossible de dire ce qu'est cette possibilité.
Je pense que ça a quelque chose à voir avec l'énergie de l'amour. Le contact avec cette énergie aboutit à une sorte d'équilibre dans le chaos de l'existence. Un saint ne dissout pas le chaos ; s'il le faisait, le monde aurait changé depuis longtemps. Je ne pense pas qu'un saint dissolve le chaos même pour lui, parce qu'il y a quelque chose d'arrogant et de guerrier dans l'idée d'un homme mettant de l'ordre dans l'univers.
C'est une sorte d'équilibre qui fait sa gloire. Il glisse sur les congères comme un ski échappé. Sa course est une caresse de la colline. Sa trace est un dessin de la neige à un instant particulier de son rapport avec le vent et le rocher. Quelque chose en lui aime tant le monde qui s'abandonne aux lois de la gravitation et du hasard. Loin de voler avec les anges, il trace avec la fidélité d'une aiguille de sismographe l'état du paysage solide et sanglant. Sa maison est dangereuse et limitée, mais il est chez lui dans le monde. Il peut aimer la forme des êtres humains, les formes belles et sinueuses du coeur.
C'est bien d'avoir de tels hommes parmi nous, de tels monstres d'amour qui rétablissent l'équilibre.

In « Musique d’ailleurs » 10/18
Photo Sirang

Posté par oceania55 à 02:01 - Cohen Leonard - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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