04 février 2008
Michel Barat

« Si l'homme parfois ne fermait pas
souverainement les yeux,
il finirait par ne plus voir ce qui vaut d'être vu »
(René Char, Feuillets
d'Hypnos)
Le temps de cette fermeture des yeux n'est pas celui du sommeil et de la nuit,
il est celui de l'éveil et de la lumière intérieure qui devra ensuite éclairer
le monde. Le regard tourné vers soi doit apprendre à savoir regarder ce qui
vaut d'être regardé. La souveraineté de la pensée humaine est cette puissance
et ce discernement du regard permettant de séparer le faux du vrai.
Ainsi, ayant appris en son intériorité à regarder ce qui vaut d’être regardé, à
savoir les multiples visages du vivant, peut-il exercer une souveraineté qui
n'est pas une cruelle domination mais un serein accueil. Avoir étanché sa soif
à l'arbre de la connaissance ne l'éloigne alors pas de l'arbre de la vie. Toute
idée de péché est enfin ôtée à celle de la connaissance.
Il demeure sinon une
contradiction du moins une ambiguïté : comment peut-on à la fois penser et dire
le vivant, comment peut-on porter la vérité du vivant à la claire
intelligence, puisque précisément il ne saurait y avoir d'énigme de
l'intelligible : l'intelligible est ce qui est donné à voir après que tout
énigme ait été percée mais la vérité du vivant consiste qu'il demeure énigmatique.
Tel est sans doute le lieu du différend entre le poète et le philosophe mais
aussi celui de leur non seulement nécessaire mais encore vital dialogue.
Buddha, époque Java Centre, VIIIè siècle
