23 juin 2008
Dominique Autié

Du clair obscur de la
main se transmet le savoir des caresses qui donnent envie de vivre
éternellement.
Soudain, voilà le châtiment dans son envol, elle s'abat et claque dans la
violence le vivant.
Elle possède et s'approprie, tourmente et rafraîchit.
La main guérit.
Elle transmet le fluide à la matière, génère et charge l'énergie.
Qu'y a t il de plus beau que cette main qui frôle excitant le désir et cette
autre qui cajole, calme les angoisses et adoucit vos terreurs?
On la coupe encore dans les pays musulmans en punition d'un vol ou d'une
quelconque exaction.
C'est pourquoi vos yeux pleurent devant un tel symbole, dans cette infinité
silencieuse, tabernacle hors du temps.
Ainsi vous et moi de nos larmes émues, nous nous inclinons devant la
représentation du savoir et des sens.
De la pure émotion devant cet icône de la création, outil de l'acculturation.
Photo Océania
31 mai 2008
Dominique Autié

Je suis
infiniment triste d'apprendre que Dominique Autié nous a quittés le 27 mai
dernier
Je ne le connaissais que par son blog « Le fil du temps »
Sa
sensibilité, sa délicatesse m'ont émue,
il a encouragé mon intelligence et mon discernement.
Il ne le savait pas. Je crois n’être pas la seule dans ce cas.
Il m'a émerveillée par le raffinement généreux de sa réflexion,
par sa façon d'appréhender le monde et l'Homme,
la beauté
et la laideur.
Il faisait partie des passeurs, des éveilleurs.
Je m'inquiétais de son mutisme : plus d'articles sur son blog... silence.
Aujourd'hui, le fil s’est rompu, c'est le grand silence.
Dominique laisse des traces, des empreintes,
un sillon dans lequel on sème et on s'aime.
"Si le grain ne meurt..."
C'était un homme,
juste un homme,
tout un homme.
Je pense à lui, j'ai du chagrin.
Océania
"La mort
s'encombre rarement de délicatesse.
Elle arrive impromptu, vous coupant la
parole sans souci
ni du lieu ni de l'heure et encore moins des
bienséances."
(Sylvie Germain)
Photo Dominique Autié (1949 – 2008)
"La table où je n'écris plus"
19 mars 2007
Dominique Autié
Le temps des sourires a fait son temps. Tout œcuménisme, tout masochisme complaisant sont vains devant les forces de vente qui prétendent nous gouverner l'âme. Faire choix d'un livre, c'est prendre un parti, de bien plus claire façon que de proférer quelque opinion politique nécessairement impalpable.
Phrase recopiée du blog de Dominique Autié, véritable coffre à joyaux
16 mars 2007
Dominique Autié

Imaginons une portée musicale avec quatre lignes représentant les hypostases
Un, Esprit, Ame et Corps
et plaçons des notes, des tonalités représentant le mode vibratoire de chacune d'elle.
Nous verrions apparaître l'existence de l'homme à l'image d'une composition musicale.
15 mars 2007
Dominique Autié

Ce n'est pas d'hier que la langue peine à suivre le mouvement du monde. Sigles, acronymes et mots-valises sont commis, à la diable, à l'appellation contrôlée ou non d'une innovation fébrile, souvent de surface, qui - si j'excepte d'authentiques avancées scientifiques - consiste presque partout en une abréviation du monde ancien.
J'indique ici, pour mémoire, une curieuse entorse à cette tendance qui, dans les faits, acquiert force de loi.
Jadis (jusqu'à une époque que j'évalue à la fin des années 1970), lorsqu'on adressait un courrier à un correspondant résidant dans la ville même où on le rédigeait, l'adresse ou la suscription faisaient l'économie du code postal (qui n'existait pas) et de la notification explicite de la localité. En lieu et place, la mention E.V. - pour En ville - signalait aux services postaux que le pli était destiné à une distribution immédiate, sans autre tri ni mode d'acheminement que la sacoche du préposé - il se pouvait que ce fût celui du quartier même où la lettre avait été affranchie et relevée.
Si l'émetteur d'un tel courrier déposait lui-même, ou confiait à un tiers, l'enveloppe dont le trajet se limitait au pâté de maisons, celle-ci pouvait ne porter que la qualité ou le nom du destinataire. Il était courant toutefois d'y rajouter ladite abréviation qui confirmait le caractère de proximité du message émis, les vertus subtiles de sa circulation intra muros. L'objet - fût-il administratif, comminatoire ou procédural - s'en trouvait affecté d'une clause de voisinage qui, selon le cas, en rehaussait la civilité, la connivence ou la valeur impérative.
Ce raccourci consentait ainsi quelque plus-value dans le commerce des êtres pour demeurer ou séjourner dans la même cité, en partager le bornage. Et je me plais à imaginer toute la douceur tragique que pouvait revêtir cette mention sur le billet par lequel s'adressaient à l'homme ou la femme distants les mots empruntés d'un amour secret ou contrarié.
09 mars 2007
Copié/collé du blog de Dominique Autié
Qu'est-ce que le lien social ?

Depuis deux ans et demi que j'habite ici, le lundi, le mercredi et le vendredi je vois en me levant – si je tiens le cap de l'aube –, par la fenêtre de mon bureau qui donne sur la rue, une femme inconfortablement assise sur le pas de la porte de la maison qui fait face à la nôtre [1]. [Pour le casting : recrutez un clone de Cesaria Evora]. Enroulée, hiver comme été dans un gros manteau gris, une poussette posée près d'elle, elle attend que soient sortis les conteneurs de déchets du petit supermarché qui jouxte notre maison et fait l'angle de la rue Bayard. Jusqu'à cet hiver, deux employés arrivaient à 5 heures, les jours de passage des ripeurs [2], et sortaient les conteneurs côté Bayard, où la benne passe vers 5 h 30. Depuis janvier, l'organisation a changé : les employé du magasin arrivent plus tard et, l'équipe de la voirie qui traite ma rue n'intervenant qu'entre 6 h 05 et 6 h 10, les conteneurs sont disposés à quelques mètres de ma porte. Pourtant, depuis janvier, cette femme n'a pas modifié son horaire. À son poste dès 4 h 45, elle attend désormais une grande heure que les conteneurs lui soient accessibles.
Ce matin, j'ai compris : elle s'est avancée au dernier moment, tandis que je sortais moi-même sur le seuil, comme chaque lundi à l'approche de la benne, que j'entends venir d'assez loin. J'ai vu l'un des deux éboueurs habituels (le plus âgé, le plus fort en gueule, devait être de repos, aujourd'hui) fouiller lui-même les conteneurs – tout en calmant le conducteur de la benne, qui s'impatientait – et en tirer quelques emballages et un sac (avec du pain, me semble-t-il, datant donc de samedi) qu'il a remis à la femme. Tout cela s'est passé très vite. Les conteneurs ripés sur l'engin et replacés sur le trottoir, le véhicule s'est avancé à ma hauteur. J'ai serré, comme je le fais d'ordinaire, l'avant-bras que m'a tendu le gars avant qu'il ne traite ma propre poubelle : C'est le changement d'heure de sortie des conteneurs qui pose problème à cette femme ?, lui ai-je demandé.
– Pas du tout, c'est le type qui les sort désormais, il lui interdit d'y toucher !
[…i.e. un homme sans âge qui, sur la pointe des pieds, m'arrive à hauteur du myocarde ; sans emploi depuis des lustres, il partage la loge de concierge que tient sa mère dans l'immeuble mitoyen de la supérette rue Bayard. Il n'ouvre la bouche que pour hurler des invectives à la terre entière. Nul n'ignore son existence dans le quartier, où l'on ne saurait faire trois pas sans tomber sur lui. C'est donc pourquoi, depuis quelque temps, il m'arrive, toutes fenêtres fermées, d'entendre sa voix dès la première heure.]
Il est con comme trois bites à genoux, s'est contenté d'ajouter mon interlocuteur.
Nous nous sommes souhaité une bonne journée, la benne s'est éloignée, j'allais rentrer ma poubelle. J'ai vu alors le nain déboucher de l'angle de la rue pour reprendre les conteneurs vides. Je suis allé vers lui : Il faut laisser cette femme faire comme elle faisait avant, vous savez. Il s'est mis à aboyer qu'elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait. Il s'en branle, m'a-t-il juré.
Ordure.
Crâne d'Œuf a passé la main fin décembre. Le magasin est désormais franchisé. Le gérant est un homme avec qui j'entretiens les meilleures relations. Je suis descendu le voir dans la matinée. Il semblait rassuré que je sois parfaitement informé de l'interdiction qui lui est faite, pour des raisons évidentes, de distribuer gratuitement de la nourriture dont la date de péremption est dépassée. Il m'a seulement confirmé ce dont j'étais venu m'assurer : le nain hargneux [décidément, ces hommes de petite taille !] n'est pas recruté pour s'occuper des conteneurs du magasin ; il le connaît juste comme voisin et client ; les employés le trouvent aux abords du magasin, le matin, lorsqu'ils prennent leur service ; ils se contentent de bénéficier du coup de main qu'il leur donne en sortant les conteneurs et en les leur rapportant après le passage du camion d'enlèvement. Pour la beauté du geste.
Je l'ai informé que, ce mercredi à l'heure du loup, le nain me trouverait à l'endroit précis où il n'est donc pas payé pour disposer les trois conteneurs, à moins de cinq mètres de ma porte – et que c'est moi et moi seul, pendant quelques instants, qui ferais la loi dans ma rue, devant ma porte. Il m'a souri : C'est bien.
Depuis vingt-cinq ans, ceux dont se réclament ces jours-ci les deux champions provisoires de la vie politique française ont agité la même férule, se contentant de se la repasser de temps à autre, selon le sens du vent. Ils ont conjointement conduit le tissu social à cet état de tétanie, où un érémiste aura le cœur d'en tyranniser un autre, de toute évidence plus pauvre que lui ; où cela, in fine reste supportable parce que politiquement correct dans la mesure où ces deux-là sont d'un même monde et n'ont donc pas à minauder devant le droit à la différence de l'autre. Je manque sans doute d'imagination, car j'aurais peine à concevoir plus sordide parabole pour indiquer à ces deux rentiers du pouvoir, qui sollicitent mon suffrage, combien me répugnent leur bavardage et leur façon de se pincer les narines, en catimini, à l'heure où une partie de leur peuple fait les poubelles.
*
06: 25 – Cesaria Evora : 82 ans, Guadeloupéenne. Sans retraite, ayant toujours travaillé aux Antilles sans feuilles de paye. Les employés du supermaché, venus prendre leur service à 5 h 45, l'ont saluée d'un Bonjour Maman bienveillant. Cesaria m'a dit de faire attention car, le jour où il l'a menacée, le nain lui a montré le couteau qu'il a dans la poche.
[1] Inconfortablement, car ce voisin a fait réaliser, pour en équiper son seuil, une série de barres en métal qu'il a fixées en biais [voir cliché pris de ma fenêtre] afin que les SDF ne puissent s'y asseoir.
[2] L'occasion m'est donnée de découvrir ce mot qui, je le vérifie, ne figurait pas encore dans le millésime 2002 du Petit Larousse illustré, mon outil de référence pour les nouveaux anglicismes et les dernières trouvailles de la xyloglossie (je me repens de conserver par-devers moi – et de consulter – un dictionnaire d'usage si ancien, mité de telles lacunes socialement incorrectes).
