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Je lis à bord d'un avion d'Air France me transportant à Biarritz, et j'ai à mon côté, occupant le tiers de ma vision droite, un bras qui m'intéresse plus que mes remarques. Bras adolescent, nu depuis l'épaule ronde. La peau est brunie par le soleil, d'une teinte cuivrée. Fine, sans un grain de beauté, une verrue, une cicatrice. Il faut qu'un dieu se soit mêlé de la dérouler en la lissant sur la chair. Afin de l'humaniser, d'éviter qu'elle ne se fasse marbre, il l'a parsemée d'un duvet blond. Après la dépression de l'épaule, la truite du biceps frémit : tout mol qu'il semble, il a sa fierté. De temps à autre, la tête lui appartenant remue un rideau de cheveux à la façon d'un setter. Ils sont mi-longs, lourds comme s'ils avaient été mouillés, châtains. Le prodige de ce corps est le bras. Le dieu qui l'a moulé a pu avoir la cruauté d'atrophier l'autre, car les dieux sont si méchants qu'ils rendent impossible toute perfection dans l'homme. Ils envient sa grandeur, qui est dans son imperfection.

 

In « Encyclopédie capricieuse du tout et du rien »

Photo Marc Baptiste (détail)