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J’apprenais un temps

 

J'apprenais un temps doué d'épaisseur. Après midi le vieil homme s'allongeait sous le pru­nier, dans un carré d'herbe que son ardeur de jardi­nier avait épargné. Au réveil, la longueur de sa sieste se mesurait sur son dos, à la profondeur de l'empreinte des noyaux dédaignés.

Puis le sarcloir au jardin tintait sur les cail­loux. Une volée de graines étoilait la basse-cour de sa mitraille claire. Plus tard, l'insistance d'un fumet de ragoût signalait le moment où la chaîne du puits allait se taire, où l'on entendrait deux sabots racler la marche de l'entrée.

Alors le soir se creusait au rythme sonore des lentes cuillerées. Un revers de main dérangeait le ver­micelle des moustaches. Comme un rituel de paix, le poids soudain d'un chat sur les genoux annonçait l'abandon des fins de journée.


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In « Les Mains nues »

Photos Océania