Surr_alistes



Chaque fois que je rouvre et que je feuillette les menus brûlots collectifs que lâchait périodiquement le surréalisme en­core dans sa sève : tracts, papillons, pro­verbes, catalogues d'exposition, revues éphémères, « dictionnaire abrégé du sur­réalisme », « projets d'embellissement irrationnel de Paris », je suis frappé par le talent qui jaillit là de source presque à chaque page, comme si le vent, après qua­rante ans, faisait bouger encore et vivre la verdure neuve de cette saison enchan­tée. Aucun « mouvement » ne s'est jamais avancé sur un pareil semis de paillettes scintillantes, et sa force est d'avoir été à lui seul tout un climat, toute une saison, où les hautes fleurs ne paraissaient si belles que parce que tout reverdissait avec elles alentour.

Il y a peut-être eu - je ne sais - des écoles plus riches en génies isolés, mais les fonds du surréalisme sont d'un éclat et d'une variété auxquels je ne vois point d'équivalent. Et puis, le beau mai passé, toutes ces aubépines sont mon­tées en graine, et Breton est devenu ce chêne solitaire qui fait trop d'ombre et laisse vainement tomber ses glands sur la terre nue.

 

In « Lettrines »

Figures du surréalisme