Aleph_diffuse



Mais c'est de ma propre poésie que je veux désormais parler dans ce livre subjectif, écrit à la lumière de ma lampe.

La poésie est, selon moi, un ensemble verbal complexe où interviennent simultanément le tout de l'expérience d'un homme et le tout de l'exigence d'une langue. Il faut à la fois exprimer les sentiments, les sensations, les idées s'il y a lieu et, par la même occasion, faire briller les mots de tout leur éclat, même et surtout si ces mots sont parmi les plus simples, ce qui est souvent mon cas, compte tenu cependant des tours et des détours de la syntaxe épousant le labyrinthe intérieur et, aussi bien, les ruses de celui-ci.

De fait et dès l'abord; j'ai recours aux seuls mots qui désignent les perma­nences : ciel, terre, amour, désir, arbre, herbe, étoile, sable, mort, etc., peut-être deux mille mots en tout qui reviennent chez moi de façon récur­rente, un peu à la manière des jeux de l'arabesque.

Il faut noter que ces mots sont utilisés selon mon approche personnelle de la vie et de la mort et en fonction de ma propre expérience aventurée, de ma propre traversée des apparences, se colorant ainsi à mes propres couleurs et formulant mon itinéraire le plus intime.

C'est là sans doute la fonc­tion des mots d'un poète : le signifier comme être singulier dont les mots, pour personnels qu'ils soient, sont partageables avec autrui au sein d'une même communauté de destin.

 

In « La nuit de la substance »

Calligraphie Océania