Andr__Laude001



Je n'ai pas d'autre preuve d'existence

que cet obscur labeur de mots

où je convoque dieux fleurs fleuves femmes animaux

bouts de bois rejetés par la mer

rythmes de rumba et rhum de bars de malfrats

Ainsi séparé je vais mon chemin solitaire

j'ai froid en été et j'ai la fièvre en hiver

je ne dors que d'un oeil je mange sur le pouce

je me tiens aux aguets je me déguise en poussière, en cailloux

je ne fais guère plus qu'une rumeur d'eau douce

Habitant du verbe je dors en plein désert

fusillé par les étoiles : pourtant j'aime la Polaire

je n'ai pas d'habits et mes épaules maigres sont visibles

Heureusement que dans ces pays il n'y a pas de tireur à l'arc

zen pour me prendre pour cible

J'ignore tout du réel et de ses environs.

Tombé d'un vagin de femme depuis je tourne en rond

et c'est miracle que je ne sois pas encore cadavre

par dix mètres de fond.

 

In « Comme une blessure rapprochée du soleil »

André Laude, Photo Jean-Pierre Ramel