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L'impossibilité de vivre

se glisse en nous au début

comme un caillou dans la chaussure :

on le retire et on l'oublie.

 

Ensuite arrive une pierre plus grande

qui n'est plus déjà dans la chaussure :

le premier ou le dernier malentendu

se mêle à l'amour ou au doute.

 

Viennent après d'autres échecs :

la perte d'un mot,

la sauvage irruption d'une douleur,

une mort sur le chemin,

la chute d'une feuille sur notre solitude,

la vieillesse qui s'annonce

comme un soir écorché par la pluie.

 

Nous émergeons de tout

avec un tremblement qui dissout la confiance.

La lune pâlit,

nous commençons à nous méfier du soleil.

 

In « Quatorzième poésie verticale »

Dessin Faujas