cerf_volant____Thierry_Weber



Un autre que moi habitera tout ce qui fut mon être. J'écris pour que cet homme soit plus grand, plus heureux, que pleinement satisfait d'exister, il se sente dispensé d'écrire à son tour. C'est singulier : je ne puis aller si loin dans mes affirmations sans douter aussitôt de moi même.
Mais s'il y a une partie de moi-même pour tourner en dérision mon insuffisance, quelque chose me dit d'autant plus haut que c'est justement cette insuffisance qui est créatrice et que je n'ai peut-être qu'à la délimiter pour multiplier autour d'elle les voies pour en sortir.

Comme c'est drôle! et que je me sens soudain raffermi dans mon ambition par une pensée aussi simple que celle que je viens d'énoncer : tout ce qui m'a jusqu'à présent éloigné de mon but, ce fut l'effort que j'accomplissais pour m'élever, pour trouver le chemin de la grandeur dans le mépris de celui que j'étais.

Or, on n'est jamais que celui que l'on est. Ma force à moi fut dans mon infirmité, dans mon absence de tout lieu réel. Je suis celui qui n'a pas été, je regrette qu'il m'ait fallu un temps si long pour le comprendre.

 

In « Traduit du silence »

Photo Thierry Weber