chevaux_de_labour___Curson



Sur ses épaules, Buttavent porte le collier de bois, de cuir et de crin, le colllier peint en bleu. Il le lance sur le cou des chevaux, il peigne les crins entre ses doigts. Quatre masses de mystère, des chaînes, des cordes, une attelée : le grognement de la terre où s'enfonce la charrue.
Entre les arbres, entre les morts et les ruisseaux, le fer découpe la boue, car déjà on a enlevé les pierres. Les seize pas de l'attelée sous la pluie fine. S'il avait labouré le ciel en ligne droite, s'il était parti une fois seulement, Buttavent serait loin. Mais l'attelage tourne sur lui-même, se replie, longe les haies, reviendra vers la cour. Le fumier bourre au couteau du brabant, Buttavent tient les guides, il dit : “Hue bo” et “dru”, il a le fouet posé sur la nuque, il regarde l'attelage passer devant lui. Il court parfois à l'arrière, puis à l'avant. Il est l'officiant humble du travail offert à la terre. N'appelle-t-on point chapelets, ici, les chaînes qui relient les chevaux à l'outil... Quelques oiseaux entrent dans la raie après leur passage.

 

In « L’amitié des abeilles »

Photo Curson