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Je ne peux pas combiner mon écriture avec lesdites exigences de la vie quoti­dienne, ou même la mettre en harmonie avec elles. Il faut que je puisse m'y livrer de façon radicale. Faut que je puisse ne plus démordre de la solitude de la pro­duction, me carapacer avec mon écriture, et ce sans être en peine d'un gagne-pain. Faut que je puisse vivre avec un livre en devenir, c'est-à-dire, me promener, dormir, rêver et m'éveiller avec lui. Il faut que je sépare cette union localement et physi­quement du lieu où j'habite dans le quoti­dien, il faut que je loue spécialement une chambre, de préférence une mansarde dans une maison étrangère — une chambre dans laquelle ne se passe que «la vie avec le livre en devenir» et rien d'autre.

 

In « La marche à l’écriture »

Photo Océania