poisson_soluble004



Dans la craie de l'école il y a une machine à coudre ; les petits enfants secouent leurs boucles de papier argenté. Le ciel est un tableau noir sinistre­ment effacé de minute en minute par le vent.

« Vous savez ce qu'il advint des lis qui ne voulaient pas s'en­dormir » commence le maître, et les oiseaux de faire entendre leur voix un peu avant le passage du dernier train. La classe est sur les plus hautes branches du retour, entre les verdiers et les brûlures. C'est l'école buissonnière dans toute son acception.

Le prince des mares, qui porte le nom d'Hugues, tient les rames du couchant. Il guette la roue aux mille rayons qui coupe le verre dans la campagne et que les petits enfants, du moins ceux qui ont des yeux de colchique, accueil­leront si bien. Le passe-temps catholique est délaissé. Si jamais le clocher retourne aux grains de maïs, c'en sera fini des usines même et le fond des mers ne s'illuminera plus que sous certaines conditions.

Les enfants brisent les vitres de la mer à cette heure et prennent des devises pour approcher du château. Ils laissent passer leur tour dans les rondes de nuit et comptent sur leurs doigts les signes dont ils n'auront pas à se défaire.

La journée est fautive et s'attache à ranimer plutôt les sommeils que les courages. Jour­née d'approche qui ne s'est pas élevée plus haut qu'une robe de femme, de celles qui font le guet sur les grands violons de la nature. Journée audacieuse et fière qui n'a pas à compter sur l'indulgence de la terre et qui finira bien par lier sa gerbe d'étoiles comme les autres quand les petits enfants rentreront, l'oeil en bandoulière, par les chemins du hasard.

Nous reparlons de cette journée entre haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en reparlerons pour nous en taire.

 

In « Poisson soluble »