RITA_HAYWORTH___Gilda



Sarah, voluptueuse et rousse, charme les serpents : dans sa tunique de satin vert constellé de verroterie, elle appelle lascivement les étreintes larges et molles, intenses et lentes et persuasives. Le tambourin nasille sur d'étranges rythmes, de plus étranges motifs selon les paresseux enveloppements des boas engourdis et des tendres pythons.

Et les quinquets encrassent l'atmosphère crapuleuse de la baraque en planches : des odeurs stagnent, senteurs des chairs moites et chaudes, parfums d'aisselles trempées, de toisons prostituées à toutes les luxures, parfums violents où se définit l'infecte puissance des muscs et des cambouis... La flamme des lampes est lourde et char­nellement triste. Et tous sont là : troupeau de mâles énervés, les maxillaires durs et cruels, avec le même pli douloureux des lèvres et la fixité du regard.

Sarah danse, souple dans la spirale mouvante des monstres : elle s'échauffe peu à peu, petite prostituée nerveuse, petite prostituée du délire... Elle entrelace la complexité des rythmes et là danse l'enivre et les bêtes la violent d'une possession totale : une étreinte lui lie la taille et l'enserre d'une volupté morbide. Elle danse les cuisses baguées d'écailles, la gorge serrée d'une tendresse sans nom, crispée, souillée, pamée, radieuse. Et, d'un geste grave, elle élève la tête en triangle des monstres à fleur de bouche, les yeux démesurément élargis, pétrifiés de peur, de terreur consentante.

 

In « Poèmes »
Rita Hayworth

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