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Ce bel objet du désir

 

Quand je vois ce bel objet susceptible de se mettre à gonfler, durcir, se dresser... Comment dire ? Ça me fascine, ça m'énerve, ça me rend idiote, ça m'hébète, ça m'affame, ça me creuse, ça me rend vide, ça me fait envie... Ça me rend minuscule... Humble Puissante... C'est trop beau, trop bon, trop étrange... Le pénis de l'amant.

Peut-être que j'aurais voulu en avoir un, moi aussi. Est-ce qu'il m'aurait paru aussi incroya­ble, merveilleux, agaçant ? Si j'en avais un à moi, je crois que je ne pourrais pas m'empêcher de m'amuser tout le temps avec.

Comment faites-vous, les hommes, pour arriver à penser parfois à autre chose, avec un truc si lourd, si magique entre les jambes ? S'il vous plaît, soyez gentils avec votre partenaire féminine. Oubliez de temps en temps vos instincts de taureau, soyez dociles... Laissez-la jouer un peu avec votre chair. Laissez-lui croire que toute cette mécanique est aussi à elle, qu'elle en est la Grande Machiniste, affairée au charbon avec la même ardeur, la même ivresse que si elle devait contrôler et conduire une grosse loco­motive lancée à toute allure, haletante, à travers la nuit noire, juste trouée de ses braises et de ses cris sporadiques...

Je cherche des métaphores, tourne avec mes mots autour de la chose... Mais c'est qu'elle est inexprimable, peut-être. Ou bien, aussitôt dite, à redire... Tout ça est affaire d'impression... D'animal humain... Vous les hommes, avec votre pénis, vous me rendez toute petite, toute menue et potelée, toute heureuse, géante, supérieure. Votre pénis ne vous fait pas seulement homme, il me fait femme Je vous en prie, laissez les fem­mes aimer votre sexe ! Laissez-leur chercher, en plus du plaisir de leur sexe, le plaisir du vôtre !

D'accord ! Mille fois d'accord ! clame aussi­tôt le choeur des mâles. Mais ce n'est pas avec votre tête qu'il faut le dire. Il faut le dire avec votre corps. La plupart du temps, vous êtes trop fiers avec votre machin. Vous êtes dans la démonstration, la conquête, le qu'en-diras-tu. Vous êtes tendus ? Parfait. Détendez-vous, vous n'en serez que mieux tendus.

Les femmes vous ont tellement réclamé le droit au plaisir qu'en général vous n'avez plus qu'une obsession : les faire jouir. C'est très gentil, mais elles ont souvent oublié de vous demander aussi de leur laisser le loisir de se servir de vous comme d'un jouet... De vous considérer comme un jeu dont les règles ne sont pas écrites, mais à trouver... De jouir à vous faire jouir, en somme

Comment susciter de telles envies chez les moins imaginatives ? En vous laissant aller... Défaillir... Que votre corps soit une arme, mais aussi un sourire grand ouvert, une prière, une béatitude... Que votre corps tout entier soit à l'image de votre pénis : appétissant, redoutable, glorieux, magnifique, mais aussi fragile, ultra­sensible, avide de caresses... Qu'il soit une brute et un bébé... Qu'il puisse convaincre à coups de reins et capituler sous l'emprise... Qu'il soit chair, qu'il soit boue, argile bienfaisante, aimant se faire sculpter homme par l'esprit de la femme Qu'il soit pour la femme un dieu devant lequel elle s'agenouille, et qu'il en fasse la déesse qui le façonne ! Qu'il soit geyser et suintement ! Qu'il pilonne, qu'il ploie !

Quoi de plus troublant qu'un mélange de puissance virile et d'abandon langoureux ? Je veux que mon homme sache tour à tour me maîtriser de son corps et m'offrir son corps en pâture... Me prendre dans ses bras et se laisser prendre en main... Qu'il soit le pieu et la friandise... La force et la faiblesse... Je veux... Je veux qu'il sache que je l'aime de toute sa chair, de tous ses os, de toute sa volonté. Je veux que vous arrêtiez de regarder comme une curio­sité une femme qui aime votre sexe. Je veux que vous-mêmes aimiez suffisamment votre sexe pour la comprendre.

 

In « Politique de l’amour »

Sculpture collection Alain Chayer