petit_livre___Bobin



En mars 2006, la main de Dieu, dans laquelle repose mon coeur confiant, s'est soudainement cris­pée. Une douleur a froissé ma poitrine. La pensée que ce jour pouvait être le dernier m'a illuminé.
Je suis d'accord pour mourir n'im­porte quel jour. Aux urgences, j'ai emmené un livre assez petit pour tenir dans une poche, assez dense pour éclairer des heures d'attente. Je voudrais n'écrire que des livres qu'on puisse lire aux urgences, là où les questions qu'on nous pose et l'attention qu'on nous porte sont si froides qu'elles nous vident de notre âme. Il y a une manière de vivre — comme si on ne tenait plus à la vie — qui est le nom le plus secret de l'amour.


In « Une bibliothèque de nuages »
Photo Océania