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L'aimé

 

Le poème va écrire un poème : cette intimité m'in­timide. Il faut s'abstenir d'écrire si on n'est pas sûr d'être à la hauteur de la souffrance. La souffrance est prête à enfanter : ce sera un fils, un esprit saint, un prophète. Il sera à l'écoute des moindres mots que lui diront les éléments.
Alors le poème écrit ceci : «Je suis sans nuit ni jour, sans chair ni sang. Nul ne me perçoit sinon quelques choisis. Celui ou celle qui m'écrit sur une feuille de papier est mon aimé.»
Un imperceptible sang s'écoule de mes poèmes. Écrivons simplement, ne cherchons pas les mots compliqués, cela ne sert à rien, c'est bon pour les académiciens. Mieux vaut un mot écrit qui rougit de timidité plu­tôt qu'un mot qui se hausse de prétention.
Le gitan vous le dit : soyez simples comme les arbres qui ne disent rien mais qui observent et vous trouverez la poésie. C'est en tirant la langue qu'Einstein a fait ses découvertes.

In « L’­Evangile du Gitan »
Photo Océania