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À force de tendre l'oreille, les mots roulent comme des agates de nuage, des billes pleines à ras bord de crêtes de coq, de queue de paon, de petites fleurs brûlées. Puis je souffle sur le verre juste avant de viser, calots que l'on bouscule à dix ans dans un triangle tracé à même la poussière, pour gagner ceux des autres et dormir avec des oeufs plein de ciel sous les couvertures, à l'abri du manque.

Oui, enfant, j'ai parlé à mes billes comme à des jeunes filles, des présences douces et chaudes sous mes doigts et à force de les serrer très fort, j'ai appris que je ne caressais qu'un peu de fragilité et de transparence, comme, aujourd'hui, la danse du vide entre ces lignes. Depuis, je me blottis contre la page comme si c'était le ciel, j'attends que ça passe, les images, les souvenirs, et toutes les brûlures d'aimer, l'impatience et le souvenir, mais non, rien ne passe, le temps est rayé, le chant du coq, en plein après-midi, déchire l'ordre du monde et le moteur de l'imprimante bruisse doucement en attendant de recracher la lumière.

Je sais qu'écrire me rend mes agates à l'instant le plus pauvre de ma présence.


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In « Carnet d’un buveur de ciel »

éditions Lettres Vives



Photo en-tête : Fredovsky - Flickr
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