Sampiero___Jouvre_la_fen_tre



J’ouvre la fenêtre. La nuit mange les arbres et le ciel. La maison s'éteint doucement comme un regard derrière les paupières. Une lumière bleutée s'est assise en posant ses grandes mains sur la table. Je parle à cette présence qui ne se prononce pas et je pense à tous ces mois passés sans écrire, comme une écharde en plein coeur. Le même sentiment que la peur. Elle me répond avec des ombres au parfum de femme, poivré sous les aisselles, floral au creux des lèvres.


Les hauts et les bas de la lumière en ces jours d'automne. À savourer dans la douce convalescence. Le corps invisible de l'air enflamme la fenêtre de nuages et de reflets gorgés du désir de la pluie.


La vie attend de s'engouffrer du ciel vers les fenêtres, du vide vers les corps. Dieu parfois tient dans cet élan qui réchauffe les visages. Quand il s'absente, le masque du manque est terrible. Comme si le cadavre mourrait deux fois.

In « Carnet d’un buveur de ciel », éditions Lettres Vives
Photo Océania