correspondance_J


Avec l'âge, qui vient, une faille sépare brutalement, au fur et à mesure des lectures, les oeuvres de qualité de toutes les autres ; une netteté décisive du jugement coupe court à toute instance d'appel ; à vingt ans au contraire, tout au long d'une échelle de valeurs aux barreaux serrés, mes préférences de lecture grimpaient ou descendaient d'une année à l'autre comme des cours de Bourse. C'était l'âge où l'on note les livres de zéro à vingt, comme le magister les copies : les premières années du surréalisme ont connu ces jeux et, avec amuse­ment, je les retrouve, à peu près identiques, dans les premiers numéros de la revue Tel Quel. Chez l'amateur de belles-lettres encore en bouton, il y a une puberté littéraire toute neuve et constamment en émoi que la seule vue de l'imprimé, indistinctement, met dans tous ses états, comme l'autre puberté une jupe. Le plus curieux exemple de cet éréthisme* littéraire inépuisable de l'ado­lescence se trouve dans les quatre volumes de la Corres­pondance de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier.

 In « Lettrines 2 »

éréthisme :( littér.) exaltation violente d'une passion, tension d'esprit excessive