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bureau de JMG dans l'appartement de sa mère à Nice - Photo G. Nencioli

« Par quoi vous sentez-vous limité ? » lui demande P. Lhoste, en 1971.
« Surtout par moi-même et par la chambre dans laquelle je vis, par cette impression que j’ai de monologuer constamment, de ne pas être vraiment en communication ni avec les êtres humains ni avec le monde »

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                                                                                        Photo Océania


Les plus grandes émotions, le bonheur, l’extase, ils sont dans ce langage.
La lumière est le verbe suprême qui nous enveloppe, nous brûle, nous transcende. 
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Je cherche celui, celle dont le regard me révèlera à moi-même

(L’inconnu sur terre)
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Est-il possible de retrouver sur le papier ce miracle émerveillant qu’est l’instantané de la parole ?(interview)

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Je me souviens, j'avais le sentiment du danger éminent représenté par le livre. Je me sur­prends encore aujourd'hui à faire un geste qu'il m'était alors coutumier d'accomplir et qui est resté depuis comme une sorte d'automatisme : ne pas m'endormir avec un livre laissé ouvert tout près de moi. On ne peut pas dormir tranquille à côté d'un livre ouvert, comme si on n'était pas sûr de ce qui allait en sortir. Je crois profondément que les livres sont les éléments les plus dangereux d'une époque, les plus beaux aussi, les plus risqués pour celui qui les lit et celui qui les écrit. Lire ou écrire, je ne vois pas la diffé­rence, c'est un tout. » (interview)

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                    Page manuscrite de "Désert" -  Photo B.Heyligers

L’écriture, il ne reste plus que l’écriture, l’écriture seule, qui tâtonne avec ses mots, qui cherche et décrit, avec minutie, avec profondeur, qui s’agrippe, qui travaille la réalité sans complaisance.

(La fièvre)
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Lorsque j'écris, j'ai le sentiment que je suis en présence d'une inva­sion d'imaginaire. Lorsque je suis dans un bon jour, ou tout au contraire déprimé, et que j'ai alors davantage besoin d'écrire, je me laisse envahir. Lorsqu'une brèche a été faite, par un thème musical ou une phrase, et qu'une autre arrive, et puis une autre, et que je m'aperçois que, tout à coup, derrière moi, ça presse, j'ai alors un sentiment de poids. Si je refrénais ça, c'est là que je risquerais d'être déséquilibré. Lorsque cette invasion est terminée, que la santé est revenue, qu'on peut enfin en terminer avec tout ça, alors on se sent très fatigué. Ça veut dire que l'écriture est venue.(interview)

In " J.M.G. Le Clézio - Vérités et légendes 1999"