Massif_du_Mont_Blanc_1935

                                                                             Crédit photographique L.J 1935 ©

 


Parler des choses réelles seulement, des choses que l'on aime. Le langage est dangereux quand il se suffit à lui-même. Aimer ce qu'on écrit, ou s'aimer soi-même, c'est un peu se détruire.

Mais être ivre des choses et des êtres, les chercher, toujours, les faire apparaître par tous les mots et tous les signes, pour avoir enfin les yeux ouverts. Puis, à travers les mots, aimer ce qu'ils montrent, ce qu'ils savent trouver, tous les trésors de la vie réelle.

L'imaginaire, cela n'existe pas. Il n'y a que ces éclairs qui sans cesse jaillissent du réel. La beauté n'est pas secrète. Elle n'est pas une science, ni un art. Elle est la liberté, exposée de toutes parts.

Les mots ne veulent pas détruire ce qu'il y a devant nos yeux. Ils répondent aux autres mots, aux vrais mots originels, qui sont dits par la voix du monde. Souvent on parle d'histoire, de mythe, de théâtre. Bien sûr... Mais chaque instant de la vie réelle est plus grand, plus émouvant, plus plein de langage, comme si ces mots et ces images n'étaient que les échos des dis­cours véridiques émis par les montagnes, les fleuves, les forêts, les vents, les orages.

 

In « L’inconnu sur la terre »