mains_croisees__lisapartage                                                                                                                           Photo lisapartage


Il me faudrait deux paires de mains. L'une pour les travaux domestiques, l'autre pour les gestes d'écriture. Il est tellement désagréable de toucher du papier avec des mains sèches et blessées.
Et il est encore moins agréable d'arracher des renoncu­les et de toucher la terre noire avec des mains gantées de feutre ou de cuir. Alors que les deux types de travaux paraissent nécessaires et peut- être indissociables comme allumer du feu dans le poêle et vider le poêle des cendres qui l'encom­brent.
Les mêmes mains accomplissent toutes les tâches. Elles scient et transportent le bois, allu­ment le feu dans le poêle et, profitant de la chaleur de la pièce, elles manipulent les papiers. Je suis à la fois à la roue et au moulin.
Les mêmes mains servent à tout et font communiquer les parties du monde, la terre avec le ventre, la bouche avec l'anus, l'assiette avec la cuvette des latrines et l'alphabet avec le coeur du bois.
Elles opèrent, toujours les mêmes et irremplaçables mains, des raccourcis commodes entre l'aiguille à coudre (à recoudre les boutons) en acier trempé et l'oeil attentif d'autrui.
Il est juste qu'elles soient les médiatrices et qu'elles souffrent un peu, elles qui ont accès aux foyers de douceur, à l'onctuosité, à la soie, à la peau inconnue.

 

In « En vie »