Alphabet___Marc_Dixon



Carrés magiques, acrostiches, contrepets, anagrammes, calembours - pour peu qu'on prenne les mots à la lettre, la liste est longue des exercices auxquels on peut se livrer. Simple gymnastique mentale, dira-t-on, simple désir (un peu enfantin) de faire rimer le fond avec la forme. Oui et non. Car, en grattant ainsi le langage, on découvre parfois d'étranges sens embusqués...

 

 

« Sérieuse » ou simplement ludique, ou bien les deux à la fois, ce qui n'est nullement incompatible, vieille histoire que celle-ci. Elle ne date ni des calligrammes d'Apollinaire, ni des tentatives spatialistes, ni même de Raymond Queneau et des oulipéens. Vieille histoire que de quêter dans la figure que forment les lettres, dans leurs associations, dans leurs combinatoires, le savoir absolu, à tout le moins une autre forme de connaissance, ou une certaine maî­trise sur les choses de ce monde. Un exemple ? Que l'on prenne le carré magique suivant :

 

                               S A T O R

                               A R E P O

                               T E N E T

                               O P E R A

                               R O T A S


Attestée par Pline l'Ancien, cette phrase latine, pourvue d'un sujet, d'un verbe et de compléments, doit vraisemblablement son origine au gaulois et, par-delà, au celte comme l'indique le mot arepo (« en avant, au bout, à l'extrémité [du champ] »), et peut se traduire ainsi en français : « Le laboureur à sa charrue dirige les travaux. »
Elle a pour particularité de pouvoir se lire aussi bien de gauche à droite, de droite à gauche, de haut en bas, que de bas en haut, sans que souffre le sens littéral.
Quant aux interprétations à lui donner, elles n'ont pas manqué. S'y sont perdus en conjec­tures ésotéristes, alchimistes, historiens des religions, traditionalis­tes, experts en « celtitude »... On retient surtout rotas, allusion peut- être à la roue cosmique, au tourbillon créateur.

 

In « Au pied de la lettre »
Photo Marc Dixon « Alphabet »