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Dune

Il est des lieux qui vous font rêver au jour ou à la nuit, d'autres qui font penser à la steppe ou à la toundra, d'autres, enfin, qui parlent d'eux- mêmes, pour eux-mêmes. La dune est de ceux- là. La dune folâtre avec le vent, se laisse caresser, soumise, se moule à sa force, se déploie en tous sens. À bien comprendre la dune, on dirait qu'elle est in-sensée : ni close ni ouverte sur l'abstraction angulaire, la dune « est ». En tout état de cause, ce non-sens, grâce au vent, est posé, par quelques pressions, par quelques touches, ocre et argent. Il n'y a pas de dune sans vent. Le vent est son architecte, l'artisan complice de cette aquarelle sertie de lumières. Amant irrépro­chable de versatilité, volage, «aux quatre vents » et dieu tout-puissant, le vent offre à la dune la tentation du départ facile et du changement.

La dune, aux multiples détours, se laisse pétrir, édifier, se défaire et, dans un pas d'adhésion totale, se refaire plus loin, reptile orgueilleux et ivre de soleil.

A chaque instant, la dune se déroule et se suc­cède à elle-même sans relâche, symbole de l'ordre évanescent, de la cohérence discrète, reflet d'une brise légère ou de forces dosées par l'infini, comme un vent venu de loin qui trouve en elle son principe. […]

 

A ses lecteurs, la dune livre le sens de la trace, de la brèche, de la crevasse. Elle livre son corps à leur regard et dicte une direction à prendre. Les nervures tracées par le vent à la surface azu­rée d'une dune de sable fin, lézardes indécises ou tertres figés par la solitude, font partie de son anatomie. Quoi de plus puissant qu'une figure mobile, qui se passe du temps pour durer et de l'espace pour exister ?

La brillance, le scintillement du grain, l'enve­loppe satinée des dunes lorsqu'elles s'élancent, horizontales, donnent le vertige à tout impru­dent. Cette vision hallucinatoire que crée le vide paradoxal est le propre de la dune en perpétuel miroitement avec le ciel et le balancement du sens.

 

 In « Le livre des séductions »
Photo Julie