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La force d'une route de campagne est autre selon qu'on la parcourt à pied ou qu'on la survole en aéro­plane. La force d'un texte est autre selon qu'on le lit ou qu'on le copie. Qui vole voit seulement la route s'avancer à travers le paysage : elle se déroule à ses yeux selon les mêmes lois que le terrain qui l'entoure. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa domination, et apprend comment, de cet espace qui n'est pour l'aviateur qu'une plaine déployée, elle fait sortir, à chacun de ses tournants, des lointains, des belvédères, des clairières, des pers­pectives, comme l'ordre d'un commandant fait sortir les soldats du rang. Il n'y a que le texte copié pour commander ainsi à l'âme de celui qui travaille sur lui...

 

« Sens unique »
In Poésie n° 37, Belin,1966.

Photo MigMoug "Chemin de Stevenson, le soir" (flickr)