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Les îles ne sont pas simplement des îles, n'est-ce pas, je veux dire que ce ne sont pas simplement des morceaux de terre entourés d'eau, elles représentent aussi quelque chose de moins concret, toujours à demi désiré. Quand on regarde une étendue d'eau et qu'on y voit poindre une île, n'est-il pas vrai qu'une partie de soi-même veut toujours y aller ? Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'on voit en elle la possibilité d'une résolution immédiate. On est là, en train de se débattre au milieu des remous d'une eau trouble, sous sa surface rôdent Dieu sait quelles horreurs invisibles, quand tout à coup une île apparaît à l'horizon : un bienheureux point fixe, un lieu tant désiré où l'on serait libéré de l'angoisse que provo­quent le désordre et la futilité, sans parler des monstres tapis dans les profondeurs de l'inconscient. C'est ainsi que n'importe quelle île semble belle, même la plus plate, la plus rocheuse ou la plus aride.

 

In « Night letters – Lettres de Venise

Photo Guylaine B (flickr)