Voyage dans les mots

Textes, poèmes et phrases que j'aime.

08 août 2008

Léo Ferré

Wave___go_wild_flickr



La mémoire et la mer

 

La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle

 

Photo go wild « Wave » (flickr)

Posté par oceania55 à 20:53 - Ferré Léo - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

larmes Corses

Regarder, écouter et se taire.
Ému.
Merci

Posté par didier, 08 août 2008 à 21:06

Magie de la mémoire : je lisais et c'est la voix de Léo que j'entendais au tout dedans... Merci à vous, Océania.

Posté par agnès, 09 août 2008 à 12:14

Mémoires..

La mer pour la vie fut le plus grand laboratoire
La genèse de l' Homme y a pris son essor
Métamorphoses d'êtres : conscience dans un corps ,
Le feu conquis enfin sur la peur des nuit noires.

Dans l'océan profond roule bien des histoires
De naufrages sanglants, de coffres remplis d'or
De vaisseaux fantômes à la tête de mort :
Bien des secrets verdissent au fond de sa mémoire .

C'est le poème fou que la vague inlassable
Laisse avec son écume aux rivages de sable :
Odyssées sans retour et que le vent efface .

Les couchants sont amers les aurores trompeuses ,
Des anciens souvenirs les flots gardent la trace
Dont la mélancolie rend l'âme si houleuse !

Posté par amichel, 09 août 2008 à 18:22

envoutant

Une fois de plus oceania atteint son but,
mon texte préféré de Leo Ferré,étrange,envoutant.
merci.

Posté par Christian, 10 août 2008 à 10:27

Et toi fille verte, mon spleen

La voix de Léo Ferré m'accompagne en lisant ce texte. Je connais par coeur chacune de ses modulations, presque soupir et presque cri.
Je ne suis pas capable d'écouter cette "chanson" sans pleurer. Il y a quelques années, c'était sangloter. Je l'écoute toujours seule. Comment expliquer à mon entourage ces larmes et cette émotion. De toute façon, je ne veux partager ce texte avec personne. Même si je retrouve ici beaucoup de mots qui me touchent infiniment, c'est la première fois que je lis sur un blog ce poème qui me possède.

Posté par Anna F., 11 août 2008 à 19:45

L'un des plus beaux textes de Léo, en effet.

Posté par dominique boudou, 11 août 2008 à 21:34

Marée

Ce texte, plus qu'une chanson, ou cette chanson plus qu'un texte, demeure incomparable dans l'oeuvre du poète. On peut voir et écouter Léo Ferré le ou la prononcer sur une vidéo de YouTube.

Posté par D. Hasselmann, 13 août 2008 à 14:34

"L'été s'en fout"...

"L'été s'en fout". C'est aussi une chanson rare et peu connue de ce cher Léo, qui eut l'ultime idée de disparaitre un 14 juillet.

Posté par totem, 17 août 2008 à 22:58

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=264038&pid=10177828

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :