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La plage entièrement déserte de l'heure du dîner, an moment où le crépuscule s'assombrit. Très grande, élan­cée, très bien faite, les cheveux dénoués, les bras nus, la taille serrée dans une de ces longues jupes de gitane aux bandes biaises qui sont à la mode cette année qui traînent fastueusement sur le sable, une femme toute seule, faisant jouer avec ostentation ses hanches l'une après l'autre et renversant parfois le visage d'un mou­vement voluptueux du cou, s'avance vers la mer à pas très lents, avec la démarche théâtralissisme d'une canta­trice qui marche vers la rampe pour l'aria du troisième acte. Il y avait dans ce jeu du seul mimé devant l'étendue vide une impudeur tellement déployée qu'elle en devenait envoûtante ; aucun miroir au monde, on le sentait, aucun amant n'eût pu suffire à une telle gloutonnerie narcissique : elle marchait pour la mer.

 

In « Lettrines 2 »

Tableau Picasso