Cadenet_reflets



L'écriture, pas plus que la psychanalyse, ou les bains de siège glacés de Rika Zaraï, ne peut nous guérir fondamen­talement de nos angoisses. Mais il est possible que ses coups de pioche y mettent au jour quelque chose de nos plus profondes racines. Car nos angoisses aussi sont un visage de notre vie concrète, une manifestation de notre santé.

Écrire comme il nous arrive de nous balader, de regar­der, toucher, écouter, penser, ou de faire quelque chose d'ordinaire de nos mains, étonnés par ces aptitudes de notre vie, émerveillés de nous faire du bien en cherchant à les déplier. Étonnés de ce qu'il y ait en nous ces choses qui s'ouvrent, et qui ne le font pas pour quelque chose d'exté­rieur à la vie qui est en nous, à son désir d'échange et de clarté. Mais cette pureté, cette simplicité de déploiement d'une intensité immanente est très rare. Notre désir d'al­ler, de comprendre, de mieux vivre est jeté dans une arène où la violence est grande et les mains tendues rares. Rien de ce qui nous importe, de ce qui peut vraiment nous éclairer n'est facile.

Pourtant, faisons-nous jamais autre chose que tenter, malgré tout, de mieux vivre, même si le résultat de nos efforts n'est pas toujours convaincant ? Même si nous fai­sons l'inverse de ce qui nous serait, peut-être, salutaire ? Qu'est-ce que « vraiment vivre » sinon faire à chaque ins­tant ce que nous pouvons, dans des circonstances données, avec ce que nous sommes ?

 

In « Approche de la parole »

Photo Océania "Reflets à Cadenet"