Essais_Montaigne


 

Lois

 

Montaigne écrivit dans un de ses essais : « Or les loix se maintiennent en crédit, non par ce qu'elles sont justes, mais par ce qu'elles sont lois. C'est le fondement mystique de leur authorité ; elles n'en ont poinct d'autre. »
Pas­cal ajoute à cette pensée : « Mais le peuple la suit [la loi] pour cette seule raison qu'il la croit juste. » Puis, dans un écart de pensée anar­chique, il tire cette conclusion : « Mais il [le peuple] est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien [les lois] ; ce qui se peut faire de toutes, en les regardant d'un certain côté. »
Les mouvements révolution­naires naissent toujours d'un sentiment d'in­justice, d'un droit à réagir contre une loi. Prises séparément, toutes les lois sont perfectibles, c'est-à-dire abrogeables. Le principe de relati­vité de toute loi a été étudié depuis des siècles, mais nous n'en sommes toujours pas persua­dés. On se soumet à des procédures où la dis­crétion et l'arbitraire sont sanctionnés par le douteux critère de « conscience » et de « liberté de conviction » du magistrat. On s'en remet à la voix d'un unique collaborateur de justice, autrefois qualifié de délateur, puis promu au rang de source de vérité par la transfiguration d'un repentir. Je rappelle qu'en latin paenitere signifie faire pénitence et non pas la faire sup­porter à d'autres.

Nous avons oublié que dans le Deutéro­nome/Paroles (19, 15) Dieu a laissé cette phrase par écrit : « Il ne pourra se dresser un seul témoin contre un homme pour chaque faute ou chaque péché qu'il péchera, mais sur la bouche de deux témoins ou sur la bouche de trois témoins l'affaire sera réglée. »

 

In « Alzaia »