Ecrire___Marc_Dixon


Si lire le journal est la prière de l'homme mo­derne, écrire un journal est un acte de foi d'un ordre supérieur. On ne se contente pas de se mettre à l'écoute des autres pour se couler paresseusement dans le flot de l'Histoire. On se met à l'écoute attentive de soi pour s'en écarter, nager à contre- courant. On parie que la vie d'un individu, si banale et monotone, si pauvre soit-elle, touche, par sa simplicité même, à l'éternité.

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Je corrige mes textes aux divers moments de la journée, le matin, le soir, la nuit parfois si je me réveille. Chaque fois je les vois d'un oeil différent. Chaque moment du jour semble apporter une luci­dité autre, comme une lumière autre. C'est agir à la manière d'un peintre qui exerce ses repentirs selon les éclairages de son atelier.
Il n'est pas jusqu'à la nature du support qui influe sur la lecture et par conséquent sur la nature des repentirs. De même que le peintre voit autre­ment son projet selon qu'il est sur toile ou sur carton, de même, le texte tiré sur papier sera lu d'un oeil différent de celui vu sur l'écran, et fera appa­raître d'autres faiblesses.
Le plus curieux est sans doute la façon dont chaque quadrant du jour apporte sa note. Le matin propose le mot juste. Le soir, avec sa légère ébriété, offre le mot vrai.

In « Journal atrabilaire »
Photo Marc Dixon